-I-
« On le prend ou pas ?
-Ah non ! Il est trop dur ! Essaie celui d’à côté ! »
Et c’est comme ça que je me suis retrouvé à balader de mains en mains jusqu'à arriver chez moi.
Et ça roule , roule et ça roule puis ça s’appuie ,s’étire et s’endort.
C’est alors que monsieur arrive et ça commence :
« Essayons le tout de suite s’exclame t-il.
Et voilà que ça touche, tapote, caresse, frémit, gémit et crie.
Il va bien falloir que je m’habitue.
-II-
Madame est en colère. Elle crie, rouspète après monsieur : encore des chaussettes qui traînent, du linge qui s’amasse et des factures impayées.
Ah, la vie de couple, je vous jure !
Enfin , il avait tout de même promis qu’il ne recommencerait plus !
Ding, ding , dong !
Tiens quand on parle du loup : voici donc monsieur qui rentre du boulot. Aurait-il encore oublié ses clés ? Mais où a t-il donc la tête ? Dans son pantalon peut-être.
Oh ! Que de bruit ! Madame se défoule enfin ! Mais monsieur ignore ce coup de colère habituel et file tout droit s’allonger.
Aie ! C’est qu’il est de plus en plus lourd ! Il faudrait qu’il songe à arrêter la bière et les gâteaux à la crème…
Monsieur a le sommeil perturbé : il se tourne, encore et encore, donne des coups de pieds . Aïe ! Mais quelle brute ! Qu’il aille faire de la boxe plutôt !
La colère n’a pas duré longtemps .Et c’est encore repartit : ça gémit, ça sautille et soupire.
A ce rythme-là ce sera bientôt des quintuplés !
-III-
Le linge s’amasse, repassé et plié. Je sens l’odeur de la lessive, comme cela est apaisant.
C’est maintenant l’heure de payer les factures et de trier les papiers. Le bureau est encombré, et hop, on me balance tout dessus. Ben voyons ! Moi qui croyais être en pause après avoir supporté des tas de t-shirts à moitié repassés. Eh bien oui, Madame n’est pas vraiment une ménagère.
L’heure tourne, passe. Et ma pause alors ? Oubliée ? Effacée ? Remplacée ?
Ah ! Enfin ! Il était temps ! Madame met tout en vrac sur le bureau.
Je respire enfin.
Faux espoir. Madame s’effondre ,dans tous les sens du terme.
La voici qui s’affale de tout son poids ( bien que léger) et fond en larmes.
De long gémissements , des pleurs , des cris , des flots de larmes, de la tristesse s’enchaînent.
Ding! Dong! dong !
C’est monsieur !Ouf!
Il la prend dans ses bras, la prend par la main et ils s’en vont.
Ah, c’est enfin ma pause.
Ce ne furent pas des quintuplés mais de faux jumeaux, puis ensuite arrivèrent deux autres petits frères.
J’espère que c’est fini à présent. J’en assez de ces pleurnichards qui n’arrêtent pas de la nuit.
Tiens les voilà donc..
Aïe , ouille ! Et oui les deux premiers ont six ans déjà !
Et ça saute !
« C’est moi qui saute le plus haut ! s’exclame l’un
Ca saute de plus en plus fort , on entend les ressorts qui grincent. C’est que je ne suis plus tout jeune.
« Mamaaaaaaaaaannnnnnnnnnn ! hurle l’un d’eux , j’ai mal »
Eh bien oui, forcément ça devait arriver, l’un deux s’est cassé la figure.
Je vais être tranquille pendant un moment.
Pas tant que ça en réalité !
Voilà l équipage qui revient avec le blessé de guerre.
« On joue aux voitures ? propose l’un .
« Ouais , je vais les chercher répond l’autre enjoué. »
Ils ne pouvaient pas jouer par terre ?!!
-V-
Et voilà , encore que ça s’embrasse, ça roule dans tous les sens.
Madame a dû changer de parfum , je ne le reconnais pas.
Oh ! Mais quelle surprise ! Ce n’est pas monsieur et madame, mais la jumelle avec je ne sais qui.
Le temps passe vite.
Trop vite ! La jumelle déménage . Et devinez quoi ? Je vais être remplacé…la jumelle m’emporte dans sa nouvelle demeure.
Voici le début d’une nouvelle vie…
Extrait du quotidien d’un matelas.
Julia BLAIN – mai 2009-
