Samedi 23 mai 2009

 


-I-

 

«  On le prend ou pas ? 

-Ah non ! Il est trop dur ! Essaie celui d’à côté ! »

Et c’est comme ça que je me suis retrouvé à  balader de mains en mains jusqu'à arriver chez moi.

Et ça roule , roule et ça roule puis ça s’appuie ,s’étire  et s’endort.

C’est alors que monsieur  arrive et ça commence :

« Essayons le tout de suite s’exclame t-il.

 

 

Et voilà que ça touche, tapote, caresse, frémit, gémit et crie.

Il va bien falloir que je m’habitue.


 

 

 

-II-

 

Madame est en colère. Elle crie, rouspète après monsieur : encore des chaussettes qui traînent, du linge qui s’amasse et des factures impayées.

Ah, la vie de couple, je vous jure !

Enfin , il avait tout de même promis qu’il ne recommencerait plus !

Ding, ding , dong !

Tiens quand on parle du loup : voici donc monsieur  qui rentre du boulot. Aurait-il encore oublié ses clés ? Mais où a t-il donc la tête ? Dans son pantalon peut-être.

Oh ! Que de bruit ! Madame se défoule enfin ! Mais monsieur ignore ce coup de colère habituel et file tout droit s’allonger.

Aie ! C’est qu’il est de plus en plus lourd ! Il faudrait qu’il songe à arrêter la bière et les gâteaux  à la crème…

Monsieur a le sommeil perturbé : il se tourne, encore et encore, donne des coups de pieds . Aïe ! Mais quelle brute ! Qu’il aille faire de la boxe plutôt !

 

La colère n’a pas duré longtemps .Et c’est encore repartit : ça gémit, ça sautille et soupire.

A ce rythme-là ce sera bientôt des quintuplés !

 

 

 

 

 

                                                             -III-

 

 

 

Le linge s’amasse, repassé et plié. Je sens l’odeur de la lessive, comme cela est  apaisant.

C’est maintenant l’heure de payer les factures et de trier les papiers. Le bureau est encombré, et hop, on me balance tout dessus. Ben voyons ! Moi qui croyais être en pause après avoir supporté des tas de t-shirts à moitié repassés. Eh bien oui, Madame n’est pas vraiment une ménagère.

L’heure tourne, passe. Et ma pause alors ? Oubliée ? Effacée ? Remplacée ?

Ah ! Enfin ! Il était temps ! Madame met tout en vrac sur le bureau.

Je respire enfin.

Faux espoir. Madame s’effondre ,dans tous les sens  du terme.

La voici qui s’affale de tout son poids ( bien que léger) et fond en larmes.

De long gémissements , des pleurs , des cris , des flots de larmes, de la tristesse s’enchaînent.

Ding! Dong! dong !

C’est monsieur !Ouf!

 Il la prend dans ses bras, la prend par la main et ils s’en vont.

Ah, c’est enfin ma pause.

 

 

 

 

 

Ce ne furent pas des quintuplés mais de faux jumeaux, puis ensuite arrivèrent deux autres petits frères.

J’espère que c’est fini à présent. J’en assez de ces pleurnichards qui n’arrêtent pas de la nuit.

Tiens les voilà donc..

Aïe , ouille ! Et oui les deux premiers ont six  ans déjà !

Et ça saute !

«  C’est moi qui saute le plus haut ! s’exclame l’un

 

Ca saute de plus en plus fort , on entend les ressorts  qui grincent. C’est que je ne suis plus tout jeune.

«  Mamaaaaaaaaaannnnnnnnnnn ! hurle l’un d’eux , j’ai mal »

Eh bien oui, forcément ça devait arriver, l’un deux s’est cassé la figure.

Je vais être tranquille pendant un moment.

Pas tant que ça  en réalité !

Voilà l équipage qui revient avec le blessé de  guerre.

«  On joue aux voitures ? propose l’un .

« Ouais , je vais les chercher  répond l’autre enjoué. »

Ils ne  pouvaient pas jouer par terre ?!!

 

 

 

 

-V-

 

 

Et voilà , encore que ça s’embrasse,  ça  roule dans tous les  sens.

Madame a dû changer de parfum , je ne le reconnais pas.

Oh ! Mais  quelle surprise ! Ce n’est pas monsieur  et madame,  mais la jumelle avec je ne sais qui.

Le temps passe vite.

 

Trop vite ! La jumelle déménage . Et devinez quoi ? Je vais être remplacé…la jumelle m’emporte dans sa nouvelle demeure.

Voici le début d’une nouvelle vie…

 

 

Extrait du quotidien d’un matelas.

 

Julia BLAIN – mai 2009-

 

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Samedi 23 mai 2009



C
hanson :
Et puis …

Elle est partie trop vite
Sans tester ses limites
Sous un soleil de pluie
 Elle a appelé la nuit
Et la nuit est tombée
 Sombre et glacée
Les ombres ont disparu
Effaçant l’âme des rues
Les couleurs trop blêmes
Sont devenues poèmes
Les bruits se sont enfuis
En pensant à lui

Refrain :
Et puis, et puis, et puis,
 Elle a fermé les yeux
Et puis, et puis, et puis,
Elle a fermé les yeux

Et elle a vu la mer
Amère et éphémère
Trop vite elle a plongé
Et tout a sombré
 Les larmes ont coulé
Les mains ont déchiré
 Les mots ont brisé
Tout saccagé
Et sa tête a supplié
De tout arrêter

Refrain

Et elle a vu la Terre
 Débordant d’éclairs
Cosmopolite, différente,
Remontant la pente
 Et elle s’est allongée
S’est mise à rêver
Son esprit s’est envolé
 Limpide et léger
La vie n’est pas infinie Mais la vie ça se vit !

Julia BLAIN Avril 2009
Par Eau - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Vendredi 20 juin 2008

Bienvenue au Royaume des SENS


Chapitre 1 :La disparition des bancs


Il était une fois au Royaume des SENS ( Supériorité et Egocentrisme selon N…. S….), une petite fille assise par terre.

Il fut un temps dans ce Royaume où il ya avait des bancs le long des rues pour que les passants fatigués ou en désir de s’arrêter puissent faire une pause. Puis était arrivé le Roi Sot L’œil .


C’était il ya bien longtemps. Il disait que pour gagner plus, il fallait économiser. Alors il commença par arrêter de construire des bancs. Pas la peine d’encombrer les rues avec des détails superflus.

Puis un beau matin, un mystérieux rêve d’une nuit agitée lui donna une idée lumineuse : pour travailler plus et gagner encore plus il ne suffisait plus de se lever tôt , il était dorénavant nécessaire de cesser de se reposer. C’est ainsi que le Roi Sot L’œil ordonna de détruire tout ce qui pouvait soutenir des fesses et un corps : tabouret, chaise, banc, canapé, lit, hamac... Ces mots disparurent peu à peu du vocabulaire des habitants du Royaume des SENS.

Il ne restait plus qu'UN lit, plus qu'UN canapé, plus qu'UNE chaise. C'était bien sûr dans au château du Roi Sot L'œil . Il était le seul autorisé à posséder un tel mobilier. Bien évidemment, il avait le droit de poser ses fesses sur une chaise puisqu'il était le seul à réfléchir au bien être du Royaume des SENS, il était logique qu'il ait le droit (et le devoir) de se reposer.

Toujours est-il que les rues étaient désormais nues, dépourvues de bancs.

Le Roi Sot L'œil pensait pertinemment que les habitants du royaume des SENS ne devaient plus s'asseoir. Il serait dorénavant interdit de s'asseoir. Tout contrevenant serait emmené ( gracieusement bien sûr) à la prison du château.

Il y avait intérêt d’aller dans le bon sens au royaume des sens.


Chapitre 2 : En quête d’identité


Revenons à la petite fille assise par terre. Cette dernière toute maigrelette fixait le sol avec nostalgie. Peut-on être nostalgique à un si jeune âge? Dans un autre royaume cela m'eût étonné, mais au royaume des SENS , cela était monnaie courante.

La petite fille, Eléa de son prénom, était un peu perdue. Dans sa tête tout était flou. Elle avait perdu ses repères. Qui étaient ses parents? Laurent et Gislaine BONNEFOI ou le Roi Sot L'œil ?

Où habitait-elle? Dans une tour de 3454787 étages à l'étage N° 3454787 ou au château du Roi Sot l'œil ?

Des tas d'images repassaient dans sa tête. «  Mes enfants, écoutez moi, je suis la voix de la sagesse ,  disait le Roi Sot l'œil , ce que je fais est pour votre bien, mon seul souhait est que vous soyez heureux. Je veux exaucer les souhaits de chacun d'entre vous. Je veux que vous puissiez dévorer (interlude :seulement des yeux) tout ce que vous désirez. Mais pour cela il faut gagner plus. Il faut tout me donner et MOI je répartirai de manière équitable, entre vous tous mes chers enfants, et... ».

«  Ma petite fille, n'oublie pas sur le chemin de l'US(E)INE de regarder toutes les caméras que tu croiseras sur ton passage, et n'omets pas de sourire au Roi Sot L'œil ...Ne te repose pas de la journée sinon... » lui conseillait Gislaine BONNEFOI.

Mais qui était donc Eléa? D'où venait-elle? Qui était sa famille? Quelle voie devait-elle suivre?


Chapitre 3 : Les pouvoirs du Roi Sot l’œil



Le Roi Sot l'œil avait un pouvoir particulier. A son arrivée il n'avait pourtant que peu de succès. Mais à force de diffuser son FORTmidable portrait ,la popularité se fit exponentielle.

Ses fidèles serviteurs commencèrent par placarder son  « trop beau » portrait sur tous les murs de la ville, puis sur les routes, sur les bancs (quand il y en avait encore)...plus rien n'était épargné par « l'e-mage » ( mage moderne).

Après avoir envahi la Terre, il envahit le ciel. Les avions habillaient le ciel de portraits arborant le Roi Sot L'œil . Si bien qu'à force de voir le Roi Sot l œil à tout azimut, la population du Royaume des SENS finit par oublier qu'elle existait. Depuis quelques temps, le Roi Sot l' œil avait semé le doute dans l'esprits des habitants du Royaume des Sens. Ils étaient en quête d'identité. Le roi Sot l œil devenait peu à peut le Di(x) Yeux .Ils ne voyaient plus que lui.

Le Roi Sot l' œil était vénéré à tout moment de la journée. Dès qu'une question venait à l'esprits des habitants, il se tournait vers le mystérieux esprit du roi Sot l’œil.



Quant à Eléa, elle attendait le BUS ( Bolide Universel de Surveillance).Elia , 11 ans, partait tous les matins travailler à l’ l'US(E)INE.

Au royaume des SENS, tous les habitants commençaient à travailler dès l’âge de 11ans.

Eh oui ! Il fallait travailler plus pour gagner plus. Par conséquent, selon cette logique rationnelle, plus on travaille jeune, plus on gagne d’argent. Et puis cela permettait de payer moins d’EN SAIGNANTS. A quoi bon s’instruire et s’éduquer ? Le roi Sot l’œil avait réglé la question :

1) Toutes les mères enceintes prenaient un cachet permettant de robotiser leur enfant et d’obéir à la loi des SENS. Il ne subsistait donc plus de problèmes de mauvaise éducation, ni de violence.

2)Les enfants qui n’étaient pas encore robotisés travaillaient dès leur plus jeune âge. Trop épuisés, ces derniers étaient sages comme des e-mages.

3)Le Roi Sot l’œil avait écrit dans Le Livre des Citoyens la destinée de chacun des habitants de son Royaume. De ce fait, ceux-ci n’avaient plus besoin d’aller à l’école pour « élaborer un projet d’avenir ».

4) Les pauvres ( car un monde équilibré est un monde avec des riches et des pauvres) n’étaient pauvres qu’en surface : le Roi Sot l’œil leur fournissait ce dont ils avaient besoin (voix électorales obligent) , car selon le Roi Sot l’œil « Assistance = moins d’Impertinence ».


Dans ce monde d’opulence où pourtant aucun citoyen ne pouvait profiter de la fortune méritée par un dur labeur, le Roi Sot l’œil régnait en maître. Du haut de son trône, il observait à l’aide des multiples caméras placés dans son Royaume, « les fourmis »,(c’est ainsi qu’il surnommait les habitants du Royaume des SENS) qui travaillaient pour lui, pendant qu’il sirotait un délicieux cocktail, et pensait en songeant à sa fortune : «  Je vous ai bien eu. »


FIN


Julia BLAIN

Juin 2008.


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Jeudi 27 mars 2008
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Innocence

 

Un regard d’enfant,

Un regard innocent,

S’empare du livre

Et le déchire,

Jette les guerres loin dans l’univers,

Réécrit les noms

A sa façon,

Efface le passé

Et prône la nouveauté,

Avec ses mains frêles

Il interpelle le réel,

Inhibe  la douleur

Emplit  ses rêves de couleurs,

Trace un chemin rectiligne
Sans y voir aucun signe,

Et ce monde d’absence

Sans transcendance,

Trop rose

Explose !

 

Julia BLAIN

Mars 2008

 


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Dimanche 10 février 2008
Extrait du quotidien d'un ....
 
« Cela fait des heures et des heures que je suis caché dans cette armoire et que j'attends. J'étouffe sous ce morceau de tissu. Mon maître ne doit pas avoir besoin de moi.
Ahhhh ! Je suis usé ! Usé d'avoir tant servi ! Pourtant je ne suis pas vieux , je n'ai que quatre ans.
Il a de la chance de m'avoir, pas tous les hommes en ont un comme moi ! Oui, je suis tout petit mais grâce à ma carapace en fer qui me protège, je suis invincible. Sans vouloir être prétentieux, je suis pratiquement parfait. Mon seul défaut peut-être est que je tue trop facilement. J'ai un pouvoir fascinant : celui de donner la mort. Il suffit que je les touche au mauvais endroit... enfin, mauvais pour eux, mais bon pour moi.
A ma vue ils sont terrorisés, ils rampent devant moi. Je peux les diriger comme bon me semble, car quand ils me voient, ils sont hypnotisés.
Et il suffit d'un seul geste de la part de mon maître pour que j'effectue l'acte qui leur sera fatal. Il suffit qu'il appuie sur mon ventre pour que tout mon mécanisme intérieur soit bouleversé, et projette ce qui pénétrera dans leur cœur et l'empêchera de continuer à battre...
Je suis un simple objet, et pourtant, je domine les hommes, parce que j'ai le pouvoir de leur enlever ce qui leur est le plus cher : LA VIE.
Mais je n'ai pas seulement ce don. Je n'ai pas que le pouvoir de donner la mort. Je leur fais aussi comprendre qu'ils sont en vie et qu'un seul pas arrêtera tout. Ils comprennent alors que finalement, ils ne sont pas si mal sur leur planète.
Ils frôlent la mort et c'est encore plus difficile à supporter, car ils savent dorénavant, qu'elle est là tout près et qu'elle peut surgir à n'importe quel moment.
Je ne suis qu'un objet et pourtant j'ai une influence insensée sur ces êtres humains.
Je suis à l'origine de beaucoup de leurs maux, mais je ne m'en veux pas... après tout c'est eux qui m'ont crée.
C'est eux qui ont décidé de mourir.
C'est eux qui s'éliminent petit à petit.
C'est eux qui ont eu l'ingénieuse idée de créer la mort. Pourtant, elle n'avait pas besoin d'eux...
Elle sait très bien venir à eux toute seule.
A croire qu'ils l'aiment cette mort que soit disant ils haïssent... »

EXTRAIT DU « QUOTIDIEN D'UN REVOLVER »
Julia BLAIN -2003-

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Dimanche 10 février 2008
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Prince Mouk et les pâquerettes


A Nicolas , pours ses 20 ans!

Chapitre 1 : L'entrée au lycée BY ZAR

IL était une fois dans un lointain royaume, Prince Mouk qui cueillait des pâquerettes dans une belle clairière. Des papillons roses et bleus voletaient au dessus des fleurs, et les abeilles butinaient le miel. Le Prince Mouk était heureux dans cette vertueuse nature. Il avait un père, une mère et une sœur, et surtout, il ne se posait pas de questions sur sa douce existence. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Que demander de plus ?
Mais un jour , alors que Prince Mouk n'avait jamais quitté son cocon familial plus d'une demi-journée, il dut s'éloigner du domaine royal pendant huit chaque jour de la semaine.
La raison de cet éloignement était pourtant pour la meilleure des causes possibles : l'éducation. En effet, Prince Mouk avait seize ans, et il était grandement temps qu'il entre au lycée BY ZAR. Comme son nom l'indique, ce lycée était bizarre : les élèves qui y entraient en sortaient perturbés psychologiquement.
Les élèves commençaient à avoir un comportement hors de la norme. Perdus par la complexité de ce système éducatif, et outrés par ce qu'on leur expliquait ( L'Homme est en fait un méchant qui fait du mal à la gentille Terre) , les élèves devenaient bizarres..
Enfin, ce fut l'heure pour Prince Mouk d'entrer dans l'ère de las dos l'essence. Ce monde était vraiment mystique et il avait du mal à le comprendre. D'ailleurs , Prince Mouk s e sentait réellement incompris.
Il ne comprenait pas pourquoi ses Pro Fées Sœurs l'obligeaient à écouter les paroles absurdes et ennuyeuses qu'ils proféraient.
Pourquoi devait- il rendre des feuilles blanches remplies de symboles qu'il avait lui-même écrit sans vraiment en comprendre le sens ?
Les autres élèves aussi le perturbaient veinement. Ils étaient tout simplement bizarre : pourquoi écoutaient-ils des musiques au son étrange ? Pourquoi y ' avait il écrit « L'EAU RIZ » ou « DIS ON » sur leurs costumes d'élèves sérieux ? Pourquoi la jeunesse regardait-elle des images abrutissantes devant un cube en plastique ? Pourquoi les garçons et les filles s'enfermaient -ils dans de drôles de boîtes où un son unique ( genre : POUM POUM POUM PLOUF ) résonnait ? Pourquoi bougeaient-ils leurs corps serrés les uns contre les autres ? Pourquoi les garçons et les filles s'embrassaient-ils sur la bouche ?
Un tas de questions semblables assaillaient ainsi son cerveau. En fait pour résumer la situation, Prince Mouk était totalement contre :
- les institutions qui l'obligeaient à aller à BY ZAR LYCEE , qui l'obligeaient à passer un brevet pour avoir l'autorisation de conduire une calèche.
- - contre les Pro Fées Sœurs qui l'obligeaient à devenir un être doué de capacités rarissimes , et qui servirait de ce fait à la société future.
- - les élèves qui ne comprenaient rien à la philosophie des pâquerettes ( et nombreux étaient ces derniers).
- - sa mère qui n'était pas l'être idéal qu'il avait cru connaître durant s a tendre enfance.


Chapitre 2 : La rencontre

Un jour, la vie de Prince Mouk fut profondément perturbée. Alors qu'à la clarté du soleil couchant il admirait un papillon volettant au dessus d'une pâquerette, la Fée Ola l'interrompit dans son activité favorite. Une conversation fortement complexe s'ensuivit. Cette conversation étant strictement personnel ,nous n'en relaterons pas les paroles ici.
La Fée Ola modifia profondément les habitudes du Prince Mouk. Celui-ci pensait nuit et jour à la Fée Ola. Ils passaient de plus en plus de temps ensemble et il la trouvait de plus en plus belle. Pourtant, jamais rien ne se passait : la Fée Ola aimait un autre Prince, le Prince Des Rosiers.
Prince Mouk se posait alors une question existentielle : s'il avait aimé les roses au lieu des pâquerettes, la Fée Ola l'aurait-elle choisi comme amant ? Telle ne se posait pas la question, puisque de toute façon, sa vie était une pâquerette.
La Fée Ola avait une meilleure amie , la Fée O. Cette dernière connaissait bien le Pince Mouk. Elle avait même osé penser qu'ils auraient pu partager ensemble leur philosophie des pâquerettes. Mais la Fée O savait très bien que le Prince Mouk était en admiration devant la Fée Ola, elle avait alors abandonné ses folles idées non réalisables.
Les jours défilaient et rien ne se passait entre Prince Mouk et Fée Ola. Le Prince Mouk se mit alors à penser à d'autres fées sans vraiment oublier la Fée Ola.
Il rencontra ainsi différentes fées. Tantôt ce fut la Fée Odale, tantôt la Fée Sel, tantôt la Fée Maison ou alors la Fée Lure. Mais aucune n'avait le charme de la Fée Ola.
Prince Mouk continuait ainsi sa vie , persuadé que les fées n'étaient pas faîtes pour lui.



Chapitre 3 : Les autres princes.

Au lycée BY ZAR, Prince Mouk rencontra d'autres princes.
C'est ainsi qu'il fit la connaissance du Prince Pax, du Prince A l'Est, et du Prince De Jas Nain. Ils avaient tous un comportement bizarre hors du commun, mais surtout ils partageaient avec le Prince Mouk la philosophie des pâquerettes. Prince Mouk n'aurait su expliquer pourquoi c'était comme ça : il y a des choses qui ne s'expliquent pas.
Prince Mouk et ses nouveaux amis partaient en soirée lors des longues nuits d'été et même d'hiver, dans des endroits à cette époque peu fréquentés par les princes : les PUB ( Philosopher d'Utopie en Buvant) . Ils passaient leurs soirées à fumer une plante alors peu connue : la pâquerette. Ils crachaient sur la société qui leur avait donné naissance et rêvaient d'un monde à leur façon, et .ils partaient dans un délire incompréhensible.
Prince Pax se mettait à danser sur les tonneaux, Prince De Jas Nain se mettait à chanter, tandis que Prince Mouk jouait ardemment de la guitare et que Prince A l'Est entamait un numéro de drague longuement et durement répété, à une Fée Boue Raie.

Avec ses amis Princes Mouk donnait peu à peu un sens à sa vie . Il espérait ainsi qu'un jour il pourrait se transformer en tulipe. Ses amis lui firent découvrir l'Ami Tié qui fut très important dans sa modeste existence. Il rencontra ainsi d'autres princes et fées grâce à ses nouveaux amis.
La vie continuait son cours, sans qu'il n y'ait de réel bouleversement. Il voyait toujours la Fée Ola et la Fée O .
La Fée O était devenue sa confidente et ils passaient des après-midi entiers à converser sur la possible relation que pourrait avoir Prince Mouk avec la Fée Ola.
Mais rien ne changeait et la situation était toujours la même.

Quant au lycée BY ZAR , Prince Mouk ne s'y rendait que pour voir ses amis, et il se moquait ouvertement de ce que pouvait penser ses Pro Fées sœurs. Ces derniers avaient plutôt tendance à orienter les élèves vers le désintéressements de leurs cours au lieu de les passionner sur le découvertes de l'existence humaine.
Un jour, au lieu d'écouter le cours attentivement, Prince Mouk apprenait les K Pétales ( point le plus important d'une fleur), sa Pro Fée sœur , l'interrompit alors brusquement :
« Priiiiiiiiiiiinccccccccce Moukkkkkkkkkkkkk ! Que faîtes vous ?
- Ben, j'apprends les K Pétales !
- -Comment ça ?Mais vous n'avez nullement le droit de faire cela, c'est profondément illégal ! »

Aucunement atteint par cette illégalité, Prince Mouk comprit que l'enseignement du lycée BY ZAR avançait plus vers la direction de la falaise, que vers la direction de la montagne, l'élévation.


Chapitre 4 : Les bouleversements

Les matins et les après midi s'écoulaient paisiblement, comme s'écoule l'eau d'une rivière.
Lors d'une douce journée de mai, par le pur hasard du destin , la vie de Prince Mouk fut profondément bouleversée.
Il jouait alors au melon ( sorte de jeux avec un espèce de balle que l'on se lance au pied) avec Prince A l'Est et Prince De Jas Nain.
Avec une force inimaginable envoyée probablement du ciel, Prince de Jas Nain, tira bien au dessus de la clôture qui leur servait de périmètre.
Vaillant et courageux, le Prince Mouk voulant à tout prix sauver le melon se mit à courir du mieux qu'il le pouvait . Il était à deux centimètres de le rattraper lorsque une fée l'éblouit de tout son soleil.
Prince Mouk admira son visage qui ressemblait à une pâquerette. Obnubilé par cette fée divine , il laissa tomber le melon qui s'écrasa lamentablement dans la terre boueuse.
La fée qui était aussi attirée par le charme du Prince Mouk, se présenta :
« Bonjour, je suis la Fée Flot ».
La suite de cette conversation est censurée.
Ce que nous savons par contre, c'est qu'après cette séduisante conversation, la Fée Flot devint la petite amie du Prince Mouk.
Cette histoire pourrait alors se terminer ainsi : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants qui naissèrent dans des champs de pâquerettes ».
Mais Prince Mouk dut affronter d'autres péripéties.

Le deuxième événement qui bouleversa Prince Mouk , fut l'annonce de cette triste nouvelle : le Roi Mouk et la Reine Mouk se séparaient.
Le Prince Mouk s'attendait à ce que cette nouvelle tombe un jour où l'autre, mais il en fut tout de même profondément affecté.
Ce qui arrivait aux autres lui arrivait désormais à lui. Il avait toujours vécu en ayant des bases stables et un univers familial où il se sentait relativement en sécurité, ses habitudes allaient dorénavant être perturbées. Et surtout, il dut accepter une réalité que jusqu'alors il n'avait jamais voulu accepter jusqu'alors : Le Roi Mouk n'était pas le personnage idéal en qui il s'était toujours identifié. Le Roi Mouk était son père et il avait très bien remplit son rôle, mais c'était aussi un homme et comme tout homme il avait une vie privée, une vie qui à l'avenir l'éloignerait de son fils, le Prince Mouk.
Quant à la Reine Mouk , il se rendit compte qu'elle n'était pas vraiment la reine naïve et innocente contre laquelle il s'était durement acharné durant son à dos l'essence.
Bien que Prince Mouk ne vouait de l'importance qu'à l'Ami TIé, à la Fée Flot et aux pâquerettes, il dut se sentir concerné par ses responsabilités familiales.

Ayant eut son BAC ( Boissons Abusives Concentrés) , examen de fin du lycée BY ZAR, ne sachant que faire de son avenir proche et lointain, bouleversé par son univers familial, Prince Mouk était perdu. Pendant des heures durant, il errait à travers les champs de pâquerettes sans vraiment trouver son chemin. Plus le temps passait, plus il trouvait les pâquerettes fades et inintéressantes.
Qu'allait-il devenir si même les pâquerettes n'existaient plus ?


Chapitre 5 : La fin des pâquerettes


Après avoir longuement cherché son chemin parmi ses disciples, après s'être longtemps interrogé sur l'existence humaine, après avoir durement parcouru ses travers et ses limites, après s'être conformé à la norme collective et après s'en être différencié, Prince Mouk trouva enfin sa voie.
Après s'être intéressé à la géographie des fleurs puis à leur histoire, il se rendit compte que tel n'était pas son destin.
Il décida alors d'entrer dans un institut spécialisé : l'IUT (Institut Utopique Transitoire) du LIVRE ( Lilas Iris Violette Rose Edelweiss) .
La Fée Flot, l'Ami Tié, les Princes A l'Est , De Jas Nain, Pax, la Fée Ola, la Fée O, et tous les autres avaient tous contribué volontairement ou non à la réflexion du Prince Mouk.
Tout ce contexte intérieur avait amené un rayon de soleil dans les yeux du Prince Mouk, même si des nuages sombres persistaient toujours. Une chose était sûre , il n'était plus aveugle et la lucidité l'avait gagné. Il avait pris conscience que ce n'était pas l'étude d'une seule fleur, la pâquerette, mais le mélange de toutes qui lui permettrait peut-être de comprendre le monde.
C'est ce mélange cosmopolite , multicolore et complexe qui lui permettrait d'atteindre la voie de la sérénité.
Et lorsque l'un des Pro Fée Sœurs de l'IUT du LIVRE lui demanda lors d'un entretien d'entrée : « Pourquoi avez-vous choisi d'étudier dans cet institut, pourquoi ne pas avoir poursuivi vers la voie des pâquerettes ?
Il répondit tout naturellement : « Parce que pour moi , il y a des fleurs simples qui ne le sont pas. »



Julia BLAIN
Avril 2005



Remerciements à Florence, Noémie, Maxime , Guillaume, Alexandre et tous les autres pour leur participation involontaire.
 
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Dimanche 10 février 2008
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Reflet de rue 


Je l'attend , elle ne vient toujours pas.
Elle passe pourtant ici tous les jours à la même heure, qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige.
Chaque matin je guette l'heure à la pendule accrochée au mur de la gare, et quand les aiguilles affichent 8h49 pile, j'aperçois son corps de déesse qui apparaît au loin. Doucement , elle avance, elle me sourit et continue son chemin légère comme le vent.
Pourtant ce matin, elle est en retard. Peut-être lui est il arrivé quelque chose. Je commence à m'inquiéter.
Tiens, elle arrive, il était temps ! Ses cheveux bruns et légèrement ondulés se balancent à gauche et à droite de son corps. Ses jambes fines avancent lentement, l'une devant l'autre. Quelle beauté ! Aujourd'hui , elle est habillée en jupe rouge, on dirait une andalouse.
Elle accélère le pas vers moi ; et me tire la langue, puis fait des grimaces. Quelle impertinente !
Voilà maintenant qu'elle éclate de rire. Un jeune homme brun court vers elle, et la prend dans ses bras en riant : il doit être son petit ami.
Je suis déçu. Je voulais son sourire uniquement pour moi à 8h49.
Le couple d' amoureux s'éloigne. Comme tant d'autres, ils m'ont déjà oubliés. Ingrats.

Plus personne ne passe, c'est le désert du Sahara. Un vent très chaud me fouette de toutes ses forces.

Une petite fille avec des couettes et un cartable passe avec sa maman. Elles n'ont même pas remarqué mon existence. Qui n'oublie pas mon existence tant qu'on n'a pas besoin de moi ? Les Hommes ne vivent que par intérêt.

Une silhouette étrange apparaît au loin. Démarche désordonnée et rapide. Qui est donc ce personnage ?
Costard cravate, cheveux coiffés en arrière, il n'a pourtant rien d'un homme d'affaire. Il s'approche de moi, me frôle et s'arrête. Que me veut-il ?
Il touche ses cheveux, arrache sa moustache et enlève sa veste de costard. Quel imposteur !
Une vieille femme court en criant : « Au voleur ! Au voleur !! Personne ne l'a vu ??? »
Comme d'habitude, je vois tout mais ne révèle rien. C'est pour cela en autre ,que l'on m'apprécie.

Maintenant plus personne. Seul le soleil d'été me brûle. Quelle chaleur ! Je n'ai pourtant pas d'autres choix que d'attendre.

17h. L'heure de la grande foule. Les gens se bousculent, étouffent sous la chaleur,ils essaient de se frayer un chemin dans la masse, ils se frottent à moi. Je déteste quand ils font ça : je me sens sale et vulgaire après leur passage.
Heureusement ,la chaleur annonçait un orage et il se met à pleuvoir. Les gens fuient de part et d'autre de l'avenue., les gouttes de pluie inconfortables qui viennent se coller contre leur peau. Mais moi je reste là , la pluie me lave et enlève les odeurs qu'ils ont laissées.
Le vent souffle et me sèche, les nuages s'éloignent et le beau temps revient.

Plus personne dans l'horizon du soir. Vais-je enfin pourvoir profiter de la tranquillité qui retombe sur la rue ?
Des sanglots enfantins se rapprochent. La silhouette naïve d'une jeune fille se distingue dans la pénombre. Elle est tout près de moi à présent, et pousse de petits cris de désespoir.
Soudainement, elle m'aperçoit, me regarde tristement, relève la tête , cherche quelque chose dans son sac , y trouve un mouchoir et essuie son visage candide.
Peut-être l'ai-je intimidée ? Ou alors peut-être s'est -elle sentit comprise. Chose dont je n'aurai jamais la certitude.

Après le passage de cette adolescente à la tristesse déconcertante, le calme n'a le temps de revenir que quelques instants.
Des cris violents surviennent de toutes parts. J'entends des explosions, et la chaleur devient accablante. Est-ce l'apocalypse ?
A peine ai- je une possibilité de réponse que je reçois un homme en pleine figure .Son sang dégouline de partout. Je ne vois presque plus rien, j'entrevois encore quelques mouvements entre les gouttelettes de sang. Je reçois des coups venus de nul part. Tout est flou et trouble. J'essaie de résister le plus longtemps possible... Mais je finis par éclater en mille morceaux et je viens m'écraser lamentablement sur le sol noir goudronné qui me colle désagréablement partout.
J'étais pourtant le plus beau miroir du quartier, celui qui avait le plus beau reflet de la rue.
Désormais démultiplié, divisé , je ne vois plus une seule rue , mais plusieurs qui explosent...
Je ne vois plus ma rue, mais d'une vision globale, toutes les rues du monde....

Julia BLAI
N
2005
Par Eau - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Les écorchés vifs
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Dimanche 10 février 2008

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Influence négative d'une erreur préjudiciable


Jeudi 8 Septembre

J'ouvre les yeux, il n'est que 16h36, encore 3h34minutes 43 secondes à attendre pour pouvoir manger.
Cela fait déjà 184 jours et 184 nuits que je passe ici à essayer de comprendre pourquoi je suis là, pourquoi je suis là et pas ailleurs....Pourquoi je suis dans une pièce de 8m², avec pour seule vue sur l'extérieur une minuscule fenêtre à barreaux ?
Pourquoi ne suis-je pas dehors ? Pourquoi je n'admire par le ciel bleu d'un jeudi de septembre ? Pourquoi je ne vois le visage de ces gens qui crient dehors? pourquoi suis-je résigné à respirer l'air renfermé entre ces quatre murs ? Pourquoi, tout simplement, ne suis-je pas libre ? LIBRE, ce mot de cinq lettres dont tant de gens ne comprennent pas l'importance de son sens !
Libre de pouvoir faire tant de choses anodines pour vous, pour eux, pour tous ces hommes et toutes ces femmes qui vivent en dehors de ces quatre murs, pour tous ces gens qui sont loin de soupçonner l'ambiance qui règne ici....et pas seulement ici d'ailleurs, mais dans ma tête, dans mon corps,mon corps qui est contraint de vivre dans cet espace déterminé !Comment décrire cette sensation?
Attendre, attendre, pour ne faire qu'attendre et encore attendre !Voir passer le temps, voir défiler les minutes sans pouvoir rien faire.
Lire, écrire, penser, rêver, dormir, manger, se lever, se balader, se laver, se brosser les dents, s'habiller... Des mots merveilleux quand on est vacances, quand on rend visite à ses amis, quand on sait que l'on va prendre sa dulcinée dans ses bras...mais des mots lassants quand on est coincé entre quatre murs et que l'on a plus personne à rencontrer, à regarder, à admirer, à sentir près de soi...


Vendredi 9 Septembre


-SOLITUDE-
Jamais je n'aurais cru auparavant connaître un jour ce mot aussi bien.
A l'extérieur, quand je me sentais seul, je n'avais qu'à décrocher le téléphone pour aller au ciné avec des amis, pour aller manger chez ma sœur. Je n'avais qu'à descendre dans la rue pour voir déambuler des personnes partout. Je n'avais qu'à descendre de la rue pour entendre les voisines parler des derniers potins du quartier . Je n'avais qu'à aller dans le parc au coin de la rue et observer les gamins jouer, les gamins, qui à eux seuls me redonnaient le sourire. Mais aujourd'hui je suis seul dans ma cellule, je suis seul à espérer qu'un jour peut-être quelqu'un ait une pensée pour moi.
Je suis seul à espérer qu'elle ne m'a pas laissé tomber, qu'elle n'est pas avec un autre, qu'elle ne pense pas à un autre, qu'elle n'embrasse pas un autre, qu'elle ne fait pas l'amour avec un autre...
C'est horrible, d'en venir à penser cela. Je commence à en plus avoir conscience du monde qui m'entoure.
Je n'ai qu'une visite quotidienne à attendre...celle du gardien ! C'est la première fois de ma vie que je suis tant heureux de voir , même si c'est seulement pendant quelques minutes, un gardien de prison...

Samedi 1er Octobre

Toujours personne. Toujours seul dans cet endroit vide. Dans cet endroit où je n'ai collé aucune photo, où je n'ai laissé aucun objet pouvant me rappeler mon passé.
A quoi bon laisser des souvenirs ?
Pour qu'à chaque fois que je jette un œil furtif dessus, mon cœur pèse plus lourd ? Pour que je me mette à chialer ? Pour que je me dise que je serai mieux dehors ? Qu'avant j'étais dehors ? Qu'avant j'écoutais les Wriggles quand bon me semblait, qu'avant dès leur sortie je dévorais les Stephen King , qu'avant je partais rêver des heures dans les calanques marseillaises ...
Pour me dire qu'avant ces moments je les partageais avec d'autres que j'appréciais plus ou moins....mais qui étaient là avec moi !
Et maintenant , je pleure comme un gosse, mes larmes coulent à flot...

Dimanche 2 Octobre

Si encore j'avais quelque chose à me reprocher,
Si encore j'avais volé,
Si encore j'avais détourné des millions ,
Si encore j'avais tué,
Si encore j'avais commis je ne sais quel crime,
Mais je n'ai rien fait de tout cela,on m'accuse de quelque chose que je n'ai pas fait , et je paie ici à la place de quelqu'un d'autre , un autre qui lui est dehors....dehors dans le monde extérieur !
Comment peut-il, avoir la conscience tranquille ? Comment peut-il ou peut-elle s'endormir le soir sans penser à ce qu'il/elle me fait subir ? Comment peut-on se sentir être-humain quand on est pas capable d'assumer ses actes ?

Même mon avocat n'est pas venu me rendre visite aujourd'hui...
La vie m'aurait-elle laissé tomber ?

Vendredi 28 octobre


ELLE est enfin venue. Elle m'a libéré.
Je suis toujours entre ces quatre murs gris, mais je suis libre...libre dans ma tête, libre dans mon cœur !Je ne saurais expliquer quel bouleversement elle a effectué en moi, mais enfin je sens ma joie renaître.
On ne s'est vu que trente minutes , et le temps est passé si vite !Je n'ai cru admirer la beauté de Nat , de Nat libre, seulement durant cinq minutes...
Peu importe le temps qu'elle a pu me consacrer, la revoir ma redonné la force de vivre, de penser, de rêver, d'écrire, de parler, de crier, de me battre...de me battre pour retrouver ma liberté, ma vraie liberté, ma liberté au sens propre du terme ! Pour me retrouver dehors avec eux...
Croyez-vous que ce mot existe encore dans notre humanité ?

Lettre écrite à Natacha

« Ce soir quand à travers cette vitre transparente,
J'ai aperçu la profondeur de ton regard,
J'ai senti un sourire naître sur mes lèvres,
Cela faisait si longtemps que j'avais oublié cette sensation,
J'ai cru que je ne te verrai jamais plus,
J'ai cru que je ne sentirai plus jamais ton regard transpercer le fond de mon cœur,, le fond de mon âme,
J'ai cru que plus jamais je ne ressentirai le bonheur de voir ton visage, tes mains...
J'ai cru que jamais plus je n'entendrai le son de ta voix,
J'ai cru qu jamais plus ce vide dont mon cœur est empli depuis tant de jours et tant de nuits que je passe à t'attendre et à rêver de toi, de toi et de ta manière de marcher, de toi et de ta manière de fermer les yeux, de toi qui envahit mes pensées...
J'ai cru que jamais plus ce vide ne s'effacerait...
J'ai cru que plus jamais je ne sentirai la douceur de tes mains contre les miennes...
J'ai cru qu'à jamais je resterai seul, derrière les barreaux de cet endroit morbide, à espérer que peut-être un jour tu penses à moi...
A espérer qu'un jour enfin, je puisse t'emmener loin de cet endroit
Où tant de gens souffrent silence,
Loin de cette ville et de l'horreur de ses habitants,
Loin de ce monde et de cette société,
Dans un lieu où seul moi pourrait t'entendre respirer...
Où seuls nous pourrions profiter de cet élan de liberté qui nous anime tous,
Mais cela n'est que rêve et utopie,
Et si un jour j'ai la chance de pouvoir franchir la porte de ce bâtiment,
Si un jour j'ai la chance de pouvoir te reprendre dans mes bras,
Je serais un homme qui renaîtra... »

THOMAS


Mercredi 28 Décembre

Deux mois se sont écoulés depuis sa dernière visite. Je ne comprends pas : je ne reçois plus
que des lettres, de Nat ... et de tout mon entourage. Je reçois des lettres ,mais je n'ai plus de visites.
Que serais-je sans elle ? Que serais-je sans eux ?
Ceux qui sont mes amis, mais aussi ma seconde famille. Ceux avec qui je pourrais renverser le monde, ceux avec qui je pourrais tout partager. Ceux qui m'ont présenté la femme de ma vie, Nathalie, sans qui je ne serais sans doute plus de ce monde aujourd'hui.
S'ils n'étaient pas là, cela ferait longtemps que j'aurai abandonné !Pas parce que je suis lâche, simplement,parce que j'en ai marre, marre de donner des coups de poings contre un mur indestructible !!!
Seulement, je ne les vois plus, je n'ai plus de visites, plus de coup de téléphone, je ne reçois plus que des lettres où on me dit que tout va bien. Me croît-il aussi naïf ? Ne ferait-ils pas mieux de me dire la vérité ? Que je suis perdu, que je suis condamné à passer je ne sais combien d'années ici à la place d'un autre...
Ne ferait-il mieux pas de me dire qu'ils ont leur vie dehors et que je n 'en fais plus partie...et qu'ils m'ont oublié...

Jeudi 29 Décembre

4h du matin. Je me suis encore réveillé en sueur. Je n'en peux plus. Dormir est le seul moyen de faire passer le temps, et je passe mes nuits à faire des cauchemars. Des cauchemars étranges : je suis dans une pièce de 1m² environ. Je ne peux respirer par manque d'air. Je suis obligé de rester debout car la « pièce » (si on peut appeler ça une pièce) est trop étroite , alors je deviens fou et me tape la tête contre les murs.Et puis je me réveille, en train de me taper la tête contre le mur !C'est horriblement atroce...
Suis-je à ce point prisonnier de ces murs ?Que j'ouvre les yeux ou que je les ferme un seul mot s'affiche : LIBERTE. Liberté qui est égal à dehors, dehors qui est égal à eux, eux qui est égal à elle ! EUX, ELLE, les seuls qui me permettent encore d'espérer...
La liberté m'obsède, je ne pense plus qu' à ça jour et nuit. Je ne pense qu'à courir dehors, qu'à déambuler dans les rues de Marseille. Je ne pense qu'à...
C'est impensable ! Comment peut-on laisser des hommes sans contact humain ?c'est invivable. J'ai tant besoin d'eux !

Mon esprit me torture. Je suis enfermé à la place d'un autre .Prisonnier derrière des barreaux à la place d'un autre. Je suis haï des autres à la place d'un autre : on me méprise à la place d'un autre. Les gardiens me jettent des regards remplis de haine et de cruauté.
Pour eux, pour vous, pour tous, je ne suis qu'une horreur monstrueuse bannie de l'humanité...
Pourtant, je ne suis rien de tout ça, pourtant vous me jugez pour quelqu'un que je ne suis pas.
Je suis condamné pour quelque chose que je n'ai pas fait...
Seulement voilà comment rétablir la justice quand on juge une personne en si peu de temps ? C'est si facile de condamner une personne en quelques minutes. C'est si facile d'envoyer quelqu'un en prison en quelques secondes !
C'est si simple de chambouler, de bousiller, de foutre en l'air , de détruire la vie d'un homme en quelques paroles...
De toute façon qu'est ce qu'un être humain de plus ou de moins en prison pour ces personnes ? Pour ces personnes qui nous jugent !Que suis-je finalement ?Un dossier bouclé, terminé, classé !Une histoire oubliée dont on ne parlera plus...
Ce que j'aurais aimé, c'est qu'on me juge en tant qu'homme, en tant qu'être humain.
Je n'ose m'imaginer à la place des condamnés dans les pays où la peine de mort existe encore.
Ces hommes qui condamnent ,se rendent compte du pouvoir et de l'impact qu'ils ont ? En ont-ils conscience ? Ont-ils des sentiments ? Se sont-ils déjà imaginés à notre place ?
N'éprouvent-ils aucune culpabilité, pendant qu'ils passent leur soirée en famille ou tranquillement assis devant la télé et que moi ,en désespoir de cause j'écris ces quelques mots ? Pendant que moi, je me morfonds dans une pièce à attendre que peut-être un jour par un miracle imprévisible quelqu'un essaie de me sortir de cet endroit que je hais de plus en plus chaque jour....

Vendredi 30 Décembre

Peut-être que si je ne m'appelais pas Thomas, enfant des cités, peut-être alors que je ne serais pas ici en train d'écrire tous ces mots sur une triste feuille de papier...
Peut-être que je ne passerai pas toutes mes soirées à vider toutes les larmes de mon corps....
Peut-être que mon cœur ne hurlerait plus...
Peut-être que je serai avec ceux que j'aime.....
Peut-être....
Peut-être
Peut-être...
Que de nombreuses choses auraient pu se passer, mais voilà je suis bel et bien moi, et je ne renierai jamais mon passé !Ce n'est pas à moi de changer !C'est à tous ces autres d'accepter que je puisse venir d'une cité et aie pu m'en sortir !Comme si ces deux choses ne pouvaient aller ensemble...C'est sûr que si je m'étais appelé Jean-Charles, fils de Monsieur et Madame De Monssé, je n'aurais peut-être pas eu le même destin, je n'aurais peut-être pas atterri ici !

Samedi 31 Décembre
Je commence à devenir fou ! Je ne tiendrai pas !Je ne tiendrai jamais toutes ces années ici !!! Cela ne fait même pas un an que je suis ici et je ne tiens déjà plus !Je me demande combien d'innocents comme moi croupissent ici, pendant que les coupables courent encore dehors...
Y a t-il une justice en ce monde ? Tout cela n'est-il pas paradoxal ?
Une seule question, une seule demande, un seul vœu , une seule prière...
QUAND SE RENDRONT-ILS ENFIN COMPTE DE LA VERITE ?


Dimanche 1er Janvier


Quand me laissera-t-on ENFIN sortir ?
J'en ai marre de répéter à longueur de journée que je suis innocent, que je n'ai rien fait ! J'ai la terrible sensation d'avoir avalé un disque ! A présent, seul le mot innocent résonne dans ma tête , je le vois partout à perte de vue, j'entends son chant qui me hante et me torture...
Ne pourrait-il pas résonner dans d'autres têtes, tout simplement dans celle de ceux qui me jugent ?


PAR PITIE, JE N'EN PEUX PLUS.JE NE TIENDRAI PAS DES JOURS ET DES JOURS AINSI ! Si la grosseur de mes lettres pouvaient être le son de mes mots, j'écrirais une lettre par feuille, pour hurler mon innocence et appeler ma liberté.
Je n'ai plus aucunes nouvelles du monde extérieur, de mes amis, de ma famille. Leur présence me manque atrocement. JE NE SUPPORTE PLUS LES REGARDS DE TOUS CES GARDIENS ET DE TOUS CES CO-DETENUS !!!!
L'air ici est devenu irrespirable, la nourriture immangeable, de toute façon à quoi bon manger, à quoi bon vivre ? Pour toute cette société et tous ces gens qui m'entourent je ne suis qu'un poids qu'il faudrait couler.
Même mon corps m'a abandonné, je ne ressemble plus à rien. Je suis frêle et blême, mon visage n'exprime plus rien. Même les rats ne me regardent plus. Mon cerveau n'a plus envie de réfléchir, de se défendre .De toute manière, le monde des humains m'a oublié, alors autant rejoindre le royaume des morts. On dit qu'il y a toujours pire ailleurs, mais qu'est-ce qui peut-être pire que ce que je vis ici ? Même s'il y a quelque chose après la mort, ce ne peut pas être pire, ce peut être que meilleur....

Auparavant, toutes les fois où j'ai songé à quitter ce monde, j'ai pensé à ma famille, à ceux qui m'entouraient. Je me suis dit que si je mourais , cela les attristerait peut-être, et je ne souhaitais pas qu'ils souffrent. Je préférais assumer ma douleur .Mais aujourd'hui je suis seul, plus de famille, plus d'amis, plus personne ! Alors à quoi bon rester ici ?
Cette page est probablement la dernière que j'écrirai. Je ne crois pas que là haut, ou en bas, qui sait, on sache écrire, du moins pas dans notre langage.
Je ne souhaite à personne de vivre ce que j'ai vécu. Adieu.
A plus tard dans un autre monde !




Lundi 9 Janvier

Non, je n'ai pas pu arrêter de souffrir. En prison il est permis de souffrir le martyre, de payer pour ce que l'on a soit disant commis, mais il est interdit de mourir !Certes, c'est logique !
Vous imaginez avec les conditions de vie que l'on doit subir ici, tous les détenus mettraient fin à leur pitoyable vie !Il n'y aurait plus personne dans les prisons !Et par conséquent plus d'emploi pour les employés de prison !Encore des chômeurs à payer. Non ce n'est pas réalisable.

Je ne suis pas mort, mais je ne tiens presque plus debout. Je n'ai plus longtemps à attendre. Je sais que bientôt le martyre cessera.

C'est étrange, j'ai l'impression d'être « déshumanisé », de ne plus être un être humain, de ne plus avoir de sentiments, de cerveau, de sensation. J'ai l'impression de tout faire machinalement .A force de passer mes journées dans un même espace vide et clos, j'ai désappris à penser et réfléchir. Je ne rêve plus, je ne pense plus, je n'espère plus, je n'attends plus rien .Je ne réagis plus. Je reste passif : un gardien m 'apporte à manger, je le regarde instinctivement, puis au bout de quelques minutes mon corps se déplace, et mange sans éprouver quoique ce soit, je n'ai plus de goût !Je ne sais même plus ce que j'écris, je crois que je suis devenu fou !
Voilà ce qu'est la prison : une machine à rendre les gens fous....

Jeudi 11 Mai

Incroyable, mais vrai....

JE SUIS LIBRE....

Non, je ne suis pas devenu totalement insensé ces mots sont bien réels. Cela fait environ un mois et demi que je jouis du monde extérieur qui m'est apparu tellement étranger quand je l'ai revu la première fois ! Forcément ,1 an, en prison, ça modifie vos habitudes et vos perceptions. Cela ne fait que deux semaines que je revis normalement, j'ai du réapprendre à vivre dans un monde si différent de celui qui était devenu le mien. Je frissonne encore, rien qu'en écrivant ce mot...
Je ne me suis même pas rendu compte de ma sortie tellement je la croyais perdue à jamais !
Impossible, inconcevable, on m'a libéré !On m'a libéré et retrouvé le vrai coupable, .le vrai....le vrai !!!Je ne ressens même plus de haine pour cet homme ! L'idée qu'il va vivre pendant 15 ans ce que j'ai vécu pendant plus d'un an me suffit pour ne plus haïr. Je ne veux même pas savoir comment ils l'ont retrouvé. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est de ne plus être là-bas,dans ce lieu sordide et inhumain !

« La cours est désolée de la faute qu'elle a commise. Vous serez rémunéré en conséquence »
Ce sont les simples phrases à laquelle j'ai eu droit en guises d'excuses !
Ben voyons !!!On me met en prison pendant un an à la place d'un autre et les seules choses qui me sont dîtes, ce sont de plates excuses qui n'ont même pas duré deux minutes ! C'est toute la compassion que ces gens ont pour un homme innocent ?
Rémunéré, peut-être, et que fait-on des troubles psychologiques que j'ai subi ? Cela les touche-t-il que je doive ré-apprendre à vivre en communauté ?
« La cours est désolée.... » Et bien moi, je ne le suis pas, je ne suis pas désolé, je suis détruis ! C'est cela la différence entre eux et moi...

Nat est encore plus belle que dans mes souvenirs...Elle est très fatiguée, ce qui est compréhensible, attendre désespérément que l'homme que l'on aime sorte de prison, se battre pour qu'il devienne libre, c'est un combat épuisant contre les autres et contre soit même !
Quand elle m'a serré dans ses bras, je n'ai pas compris ce qui m'arrivait, j'ai tellement cru qu'elle m'avait oublié ! .J'étais tellement heureux de voir les autres aussi, Stéphane, Nasser et toute la bande !!!
J'avais oublié ce qu'était une soirée entre amis, c'est si délicieux !
Ils ont tant de choses à me raconter, j'ai l'impression d'avoir raté des siècles, mais je les retrouve peu à peu, toujours les mêmes, avec leurs joies, leurs peurs et leurs craintes.
Je réapprends à les découvrir, j'apprécie même les accrochages !eh, oui ! Car il y en a eu quelque uns, je suis difficile à vivre,ça faisait si longtemps que je n'avais vécu avec personne .
Il faut tout que je réapprenne, j'ai l'impression d'être un enfant qui découvre la vie, d'être un enfant que l'on éduque, je suis un terrible fardeau pour les autres !Je suis heureux d'avoir un entourage tel que le mien qui me supporte tel que je suis.

Lundi 29 Mai

C'est étrange, je vais avoir 29 ans , j'ai vécu un an en prison, ce qui signifie aussi que j'ai vécu 28 ans en dehors, libre dans la société. Et ce n'est qu'aujourd'hui après avoir été pratiquement isolé du monde durant 12mois que je m'aperçois de la monstruosité de la société dans laquelle les êtres-humains vivent. C'est un peu naïf de dire cela, je sais. Mais il m'a fallu un an d'isolement pour me rendre compte de l'ampleur des dégâts , pour me rendre compte que finalement la prison n'est que le triste reflet du monde extérieur ;ce qui est parfaitement logique étant donné que ce sont les hommes de ce monde extérieur qui ont crée ces prisons, ce second monde où l'enferme « les coupables », « les méchants » pour les oublier....
Aujourd'hui, j'ai un autre regard, un regard différent de l'homme que j'étais autrefois. Je dis bien que j'étais car je ne suis plus le même et ne peux plus l'être ! 365 jours en prison ça modifie notre comportement mais aussi notre façon de percevoir . Quand on sort, on apprécie le moindre détail, on apprécie le moindre souffle de vent sur son visage, le moindre cri d'un enfant qui pleure, on apprécie même les gens de mauvaise humeur ! On est tellement content de parler aux autres, peu importe ce qu'ils disent, tant qu'on échange des mots, des paroles !

Au début, j'au eu du mal à accepter cette vie, cette vie d'homme libre, j'ai eu du mal à supporter que tant de monde dans une seule pièce n'arrête pas de parler pendant des heures.
Ce sont pourtant mes amis, mais ça me donnait mal à la tête, j'avais tant l'habitude d'être seul, dans le calme le plus total, la solitude était ma seule véritable compagnie quotidienne.
J'au du ré-apprendre à vivre avec les autres, à supporter les critiques, j'ai du tout simplement ré-apprendre à ne plus être seul. J'ai aussi appris à redécouvrir tant de plaisir que j'avais oublié là-bas.
Faut-il être emprisonné pour se rendre compte de l'immense chance que l'on a d'être libre ?
Je ne crois pas qu'avant cette ( très mauvaise )expérience, je prenais conscience de ce qu'était la vie des hommes et des femmes emprisonnés .La prison, c'était « pas bien » comme tout le monde disait, mais qu'est-ce que c'était?Ca je ne le savais pas et la beaucoup de gens l'ignorent !La plupart des personnes qui condamnent les gens à ces peines, sans prendre le temps de savoir s'ils sont coupables ou non, l'ignorent aussi probablement, ou alors ils n'ont pas de sentiments, car il ne faut pas être humain pour infliger ce martyre à quelqu'un d'innocent...

Mercredi 14 Juin

Nat est distante. Au début, je croyais que c'était moi qui me faisais des films, que je n'avais plus l'habitude de vivre avec quelqu'un, d'aimer, de faire l'amour . Plus d'un an que je ne l'avais pas fait. Cela m'obsédait au début, puis petit a petit j'ai oublié, j'ai essayé de ne plus y penser. J'avais presque oublié ce qu'était la sensation de faire l'amour. Au bout d'un moment à force d'être privé de certaines choses, on s'y habitue, on oublie, et puis ces choses n'existent plus pour nous.
Je croyais que c'était moi, mais je me suis trompé : c'est elle ! Elle n'est plus comme avant ! Elle est différente. Il fallait s'y attendre, elle n'allait pas rester la même après tant de mois d'absence ! Elle n'allait pas patienter autant de temps, c'est compréhensible. Elle a sûrement du connaître d'autres personnes durant cette période.

Mardi 20 Juin

Ces un an resteront malheureusement gravé dans ma mémoire et celle des autres pendant longtemps. Dans ma mémoire, car je n'arrive pas à oublier cet enfer que j'ai vécu. Toutes les nuits je me réveille en sueur et je regarde partout autour de moi, pour voir si on ne m'a pas de nouveau emmené dans ce lieu si noir, si sombre. Je ne cesse de faire cauchemars :on m'enferme dans une boîte géante, et on la cimente pour que je reste à jamais à l'intérieur, pour que je crève comme un rat dans cette boîte !!!
C'est horrible, atroce, abominable !!!! Je ne peux plus supporter cette situation !
Je pensais qu'une fois dehors, tout s'arrêterait, mais j'ai eu tort ! Ma sortie est aussi difficile que mon entrée.
Mais le plus dur, c'est que ces mois passés là-bas ne se sont pas effacés de la mémoire des autres... Ce matin je suis allé au centre ville pour revoir toutes ces rues que je n'avais pas vu depuis si longtemps, pour aller acheter d'autres vêtements : les miens sentent encore l'odeur de la prison J 'ai descendu La Cannebière, lentement, en prenant le temps d'observer les boutiques et les snacks qui habillent cette rue si célèbre, et toute cette foule qui défilait. Toute cette population cosmopolite qui se croise ici chaque jour, comme si tout le monde avait toujours vécu ici...Je suis passé devant les vendeurs de cigarettes, j'ai continué sur la rue Saint Ferréol, là où tant de gens achètent leur garde-robe. Puis je suis redescendu vers le Vieux Port, et là je me suis -RE- senti chez moi, j'ai senti l'odeur de la mer...
J'ai regardé Notre Dame de la Garde, symbole de notre ville. Et j'ai sentie une vague de bonheur me traverser, jamais je n'avais réalisé que malgré tous ses défauts Marseille m'avait manqué durant tout ce temps ! Depuis tout petit je suis habitué à cette ambiance particulière qui règne ici, et j'aurais du mal à m'en détacher.

Je pensais que je serais prêt , pour cette petite sortie en ville , que je pourrais y aller seul, que je pourrais affronter les regards des autres, mais il est bien trop puissant pour que je puisse le défier. Pratiquement tous les gens que j'ai croisé m'ont dévisagé, déshabillé du regard. Tous ces gens, ce sont des voisins, des connaissances, des gens que je connaissais de vue, mais aussi des personnes inconnues. Pour moi, elles l étaient peut-être ,mais pour elles je ne l'étais pas, j'étais passé dans le journal durant le procès. Je m'en serais bien passé !
Ils m'ont regardé comme si j'étais le diable en personne, ils m'ont observé comme si j'étais un assassin, comme si j'étais coupable, car à leurs yeux je le suis ! Je suis coupable, je suis un assassin, je suis un être qu'il faut mépriser, je suis allé en prison, je suis donc un moins que rien ! Mais personne ne cherche à savoir si j'étais innocent ou non, personne ne cherche à comprendre ce que j'ai vécu, ce que j'ai vécu à la place d'un autre !Que je n'ai rien fait ou rien commis, peu importe ! Désormais sur mon visage, il n'y a plus écrit mon prénom, mon nom ou même un surnom, un seul mot est écrit en lettres capitales :ASSASSIN !
Je me demande encore ce que je fais sur cette putain de planète de merde où l'injustice est la seule reine !


Vendredi 23 Juin

Mais que s'est-il passé ? Suis-je dans un cauchemar ? Vais-je bientôt me réveiller ?
Pourquoi me suis-je réveillé le matin libre, la conscience tranquille , pourquoi le soir me balançait-on en taule , comme si je n'étais qu'un vulgaire objet ?
Je ne savais pas ce qu'il se passait, ne comprenais plus rien, ne réagissait plus. Mais peu importe ce que je ressentais, pour les autres j'étais devenu coupable, j'étais devenu un assassin ! Peu importe ce que je pouvais bien dire, la justice l'avait décidé ainsi, alors à leurs yeux c'était forcément vrai !
Pourtant je peux retirer un certain point positif : à ma sortie , j'ai pu reconnaître ma vraie famille, mes vrais amis....J'ai pu savoir qui s'était battu pour ma liberté, qui s'était battu pour que l'on prouve mon innocence. C'est à ce moment là que je me suis aperçu que ma famille n'était plus, ou alors plutôt que ma famille n'était pas celle que je pensais être. Ma famille n'était pas celle qui m'était lié par le sang, non ce n'était pas mon père, ma mère, ma sœur, mes grands-parents, mais mes amis et ma petite amie. Eux n'avaient pas laissé tomber, eux avaient cru en moi ! Eux me connaissaient et savaient que je n'étais pas capable de faire de mal à une mouche ! Mais ma soi-disant famille, ma famille biologique m'avait abandonné : pour elle je n'existais plus, pour elle, j'avais disparu. C'était tout ce que je représentais pour elle ? C'était tout ce que j'étais ?
Au moins aujourd'hui je suis fixé, je sais que je ne peux compter sur eux.
Quelle déception quand on découvre que même notre « famille » nous a laissé tomber !

Lundi 26 Juin

Je ne vais pas rester des mois et des mois comme ça , à ne rien faire de mes journées, à être assis devant la télé et en zappant toute la journée, en restant caché derrière ma télé ! En restant chez moi, je suis à l'abri : mes amis sont obligés de se déplacer pour me voir, la seule personne que je vois dans la journée, c'est Nat. Mais il faudrait peut-être que je me bouge le cul ! Il faudrait peut-être que je me réveille, je ne vais pas fuir éternellement !
Il faut que j'affronte la réalité en face, et la réalité n'est pas ici , dans cet appartement, elle est malheureusement dehors, à l'extérieur ! Oui mais la vie dehors est sans pitié...
Ai-je vraiment le courage de l'affronter ?


Mardi 27 Juin


Je pourrais faire un parallèle avec la vie que j'ai en ce moment et celle que j'avais en prison.
Certes, ces vies ne sont pas comparables, en prison j'étais privé d'énormément de choses, mais la façon dont je suis enfermée dans mon monde est la même !
En prison, j'étais seul à me morfondre entre quatre murs, mais je n'étais pas confronté aux autres ( mises à part les rares fois où je croisais les autres détenus). Je n'étais pas confronté à l'extérieur, j'étais coupé du monde.
Ici je reproduis la même chose, je me lamente sur ma situation et ne réagit pas. Je ne vois qu'une seule personne dans la journée. Mais les différences sont là : ici, j'ai la possibilité d'agir, ce que je ne pouvais pas faire là-bas !
Ici la personne que je vois, je l'aime du plus profond de mon âme, ce qui était loin d'être le cas là-bas ! Bien qu'à la fin, je commençais à m'habituer à ce gardien...

Thomas, réveille-toi !
Ce cauchemar a-t-il une fin ?

Vendredi 30 Juin

Dire qu'avant d'être emmené là-bas, j'étais comptable dans une entreprise et que ça marchait plutôt bien. Dire que j'avais un salaire tous les mois qui nous permettait de vivre assez convenablement. Dire qu'aujourd'hui tout a changé, que c'est Nat qui en plus de son boulot fait des ménages à droite et à gauche !
Comment fait-elle pour tenir ? J'admire son courage.
Parce que la rémunération que l'on m'a versé, quand je suis sorti de prison, n'a pas duré longtemps : elle a en priorité servi à payer les avocats qui m'ont défendu. C'est très logique, un innocent doit payer pour qu'on le laisse sortir, alors qu'il n'a rien à se reprocher ...

On ne peut pas rester comme ça, Nat est dans un état lamentable ! Elle est crevée et ne tient plus debout . Il faut absolument que je cherche du boulot.


Jeudi 17 Août

6 semaines que je cherche désespérément un boulot, et je suis déjà à bout !
Comme si j'en avais pas déjà assez des gens qui m'évitent dans la rue, des gens qui me tueraient s'ils avaient des mitraillettes à la place des yeux !Cela serait peut-être mieux, ça m'éviterait de souffrir, et de mourir peu à peu...
Je ne sais pas dans combien de boîte je me suis présenté, et c'est toujours la même réponse. Ils n'ont même pas fait l'effort de changer de phrases, comme s'ils s'étaient passés le mot...
« Je suis désolé(e) Monsieur, vous ne correspondez pas à ce que nous cherchons. Vous devriez essayer ailleurs. Au revoir et bonne journée. »
Bonne journée et ta gueule oui ! Je ne corresponds à ce que vous cherchez, mais bien sûr!En plus d'être des enculés , ils sont atteints d'une hypocrisie maladive !
Ils pourraient au moins avoir la franchise de dire « Désolé Monsieur, votre parcours est quasi parfait ...jusqu'au moment où vous êtes allé en prison.... »
Oui, il était quasi parfait mon parcours, mais je suis allé dans cet endroit maudit ! Mais il reste gravées ses lourdes lettres : « un an de prison. Est sorti après une erreur de justice. Non coupable » NON COUPABLE, c'est peut-être ce qu'il y a écrit, mais je suis allé en prison ! Coupable ou non, je suis contaminé ! Contaminé par cet univers...Imaginez en plus que ce soit contagieux !!!!!

Vendredi 18 Août

Je ne tiens plus en place .Je vais tuer tous ces employeurs, je ne les supporte plus. Je ne supporte plus leurs visages, leurs voix, et leurs phrases toutes faites !!!!

J'aime Nat de plus en plus, et plus je l'aime , moins j'ai l'impression qu'elle a de sentiments pour moi .Je suis persuadé qu'elle me trompe. Elle aussi m'a trahit, ils m'ont tous trahit, pourquoi, elle ne l'aurait pas fait ?Vous allez me dire qu'elle est restée plus d'un an sans moi et sans personne d'autre ?

Dimanche 20 Août

C'est un complot, j'en suis sûr....
Ils veulent me détruire On m'a envoyé en prison mais ça n'a pas marché, alors ils essaient encore ! Ils se sont tous ligués !
« ASSOCIATION POUR LA MORT DE THOMAS »
Même mes amis sont louches, ils sont trop gentils avec moi !
Bande d'hypocrites ! Ils me croient si con que ça, ils pensent que je n'ai pas tout compris !
Et ben, je vais leur montrer qui je suis.... Vous allez voir qui est Thomas !!!!
Je vais leur montrer que moi aussi , je suis capable de devenir quelqu'un, d'avoir de l'argent, que je ne suis pas un assisté, que je n'ai pas besoin d'eux, que je n'ai pas besoin de leur pitié, ni de leurs bons sentiments et de leur bonne conscience !

Vendredi 1er Décembre

Je ne sais pas comment je trouve encore la force d'écrire, je crois que mes doigts écrivent tout seuls ? Mon cerveau est ailleurs, ailleurs en enfer !
Il a fallu que tout cela arrive pour que j'atterrisse et que je réalise que j'étais sur Terre, et pas sur autre planète : celle de mon imagination...
C'est fou comme en une semaine, on peut bouleverser le monde qui nous entoure. Moi qui était persuadé que je n'existais plus dans le monde des humains...Je sais maintenant que c'est faux, je sais l'impact que j'ai eu sur mon entourage.
En une semaine tout s'est déclenché, tout s'est enchaîné....et j'ai tout détruit !!! J'ai fini de détruire ma vie mais en plus j'ai détruit celle des autres !

J'en avais tellement marre, je pensais que plus personne ne croyait en moi, que tous ne souhaitaient qu'une chose ma mort . Mais j'étais en pleine crise de paranoïa, je voulais prouver que moi aussi j'étais encore un homme, que j'étais capable de pleins de choses.
Mais pour réaliser les trois quarts de ces choses, dans cette société, il faut de l'argent, et sans boulot, pas d'argent , à moins d'en hériter, mais je n'avais plus de famille. A moins de gagner au loto, mais pour cela , il fallait acheter un ticket et je n'avais plus d'argent. A moins de mettre son argent en bourse, mais je n'avais plus d'argent. A moins d'en emprunter à la banque, mais je n'étais pas solvable.
Un soir, après avoir parcouru la ville toute la journée en essayant de trouver une solution, je suis rentré chez moi, Nat avait invité tous nos amis, et je leur ai annoncé que j'avais trouvé un boulot, pas trop mal payé, dans une boîte qui avait l'air sympa.
Quand je leur ai annoncé cette fausse nouvelle, j'ai vu leurs yeux pétiller, et un sourire naître sur leurs lèvres . Cela faisait si longtemps que je ne les avais pas vu ainsi, mais au fond de moi j'étais mal, j'étais en train de mentir à mes meilleurs amis. C'était pourtant la seule solution que j'avais trouvé , c'était ma dernière chance avant que je devienne totalement fou.
Quand j'ai eu mon soi-disant premier salaire, j'ai ramené une voiture (d'occase) à Nat. Une voiture que j'avais évidemment volé .Je connaissais des potes d'enfance qui m'ont aidé et qui m'ont expliqué comment faire.
La voiture, c'était mon premier vol, j'aurais pu m'arrêter, mais j'ai continué : Nat , Steph, Nasser, Laura, Yoann étaient tellement fiers de moi ! Je ne pouvais plus les décevoir,
Puis j'ai volé une bague pour faire un cadeau à Nat, puis une montre, et je ne me suis plus arrêté.
Je trouvais ça facile , d'obtenir tout ce que je voulais, sans payer, j'ai continué ainsi de suite, jusqu'à braquer une banque ...Je ne réalisais pas que ce que je faisais, c'était illégal. Je ne voyais que l'argent, je remontais dans l'estime des autres, je redevenais quelqu'un. Oui, mais je devenais aussi quelqu'un d'illégal, de faux, quelqu'un qui mentait.
Il est forcément plus facile de voler une voiture que de braquer une banque, car c'est à cause de ce dernier vol que ma vie, un soir a basculé.
Deux jours après ce vol, je suis rentré le soir vers 18h. Dans la salle à manger, Stéphane était face à la fenêtre, les mains dans les poches et regardait dehors.
« Eh ! Steph ! comment ça va ? T'es venu manger avec nous ?
-Ah ! Thomas, t'es enfin rentré... »
Quand il est venu vers moi, il avait les larmes aux yeux.
« -Nat n'est pas là ?
-Thomas....
-Oui...
-On sait...
-Quoi ?
-Fais pas l'innocent, putain !Pourquoi t'as fais le con ?
-Pourquoi j'ai fait quoi Steph ?
-Pourquoi t'as menti, pourquoi tu nous as dit que t'avais trouvé un job, pourquoi t'as volé des bagnoles, pourquoi t'as volé du fric ? Pourquoi Thomas, pourquoi ? »
Quand il m'a dit ça, je suis resté con. J'avais tout fait pour qu'ils ne se rendent compte de rien.

Après cinq minutes de silence, je balbutiais :
« Je voulais que...
-Tu voulais quoi ?
-Je voulais qu'on voit que je m'en étais sorti , que je n'étais pas un incapable !
-Mais tu délires ou quoi ?T'as jamais été un incapable, et tu ne le seras jamais à nos yeux !
Thomas, on s'est tous demandé comment t'avais fait pour rester en vie après tout ce que tu as subi ! Comment t'as fait pour pas devenir fou ?!On t'admirait Thomas ! T'avais pas besoin de faire tout ça ! on sait qui t'es....
-Mais j'avais envie de vous faire plaisir, de vous remercier , de...
-Mais tu crois, qu'on avait besoin de cadeaux pour ça ? Le cadeau c'était toi, c'était ta liberté Thomas, c'était ton retour parmi nous !
-Mais vous aviez l'air si dégoûté , si désemparé quand je suis revenu...
-Thomas, ce n'est pas parce que tu es allé en prison à la place d'un autre que tu as été le seul à en subir les conséquences et à souffrir ! On s'est tous battus comme des fous pour toi, Nat travaillait douze heures par jour , elle a tout fait pour toi, elle a sacrifié sa vie pour toi... »
Soudain, je fus pris de doutes terrifiants.
« Steph !Elle est où Nat ?
-...dans un autre monde Thomas.
-Quoi ? »
Une larme coula le long de sa joue. Je ne l'avais jamais vu pleurer. C'est la première fois que je voyais mon meilleur ami sangloter.
« Dans un autre monde, mais quel monde ?
-Dans le royaume des morts... »
Et le monde s'est écroulé autour de moi. La personne que j'aimais le plus au monde n'était plus, ne vivait plus, alors si elle n'était plus là, moi je n'y étais plus non plus. A quoi bon vivre si elle n'était plus là ?
Non, ce n'était pas possible, Steph avait perdu la tête, il était devenu fou et racontait n'importe quoi....
«Mais comment cela est-il possible ?
-Hier, les flics... »
Sa voix tremblait, mais il continuait :
« ..les flics sont venus chez toi. Quant t'as braqué la banque jeudi matin, y avait des caméras, et puis.....et puis bref, je sais pas comment ils ont fait, mais ils ont compris ton manège :les bagnoles, les bijoux, et tout le reste, et étant donné que t'avais déjà fait de la prison, ça été un argument en plus...
Tu n'étais pas coupable, Thomas, mais tu l'es devenu !
J'étais avec Natacha, quand ils sont venus, ils ont dit qu'ils viendraient t'arrêter demain, c'est à dire aujourd'hui. Des flics surveillent l'entrée.
-mais je ne les ai pas vu....
-ils sont habillés en civil.
Ils ont aussi dit que si c'était vraiment toi, t'en aurais pour 10 ans minimum... »

Steph ne trouvait plus ses mots, il se ne savait pas comment m'expliquer ce qui allait s'ensuivre :
« Quand ils sont partis, j'ai dit à Nat que je restais à la maison, qu'on dormirait sur le canapé en t'attendant. T'étais tellement bourré quand t'es passé prendre du fric, que tu nous as même pas vu, Thomas !
Quant à Nat, c'était étrange, la dernière fois , quand elle avait appris la nouvelle, elle savait que tu étais innocent, elle avait chialé toutes les larmes de son corps, mais elle gardait encore espoir. Là , elle ne réagissait pas, elle n'a rien dit, elle n'as pas prononcé un mot... »

Je l'écoutais mais j'étais ailleurs, je pensais à Nat, à tous les moments qu'on avait vécu. Je me disais que c'était pas possible. Que ce soir, comme tous les autres soirs, elle rentrerait du boulot.
« C'est bien ça qui me perturbais, elle n'a rien dit, ne t'a même pas insulté, et elle a fait ce que je redoutais, elle a pris un somnifère de trop . Elle voulait tout oublier, ne plus penser...
Quand je me suis réveillé, c'était trop tard, elle était déjà passée de l'autre côté, dans l'autre monde Thomas. Elle s'est suicidée. Elle a abandonné, elle nous a abandonné ...
On se retrouve sans elle...et sans toi ,Thomas !»
Il a encore parlé pendant longtemps mais je n'étais plus là. J'étais totalement déconnecté.
Puis tout s'est passé très vite, ils sont venus me chercher, et m'ont conduit en prison...
Le cauchemar recommençait, c'était reparti...
La prison avait bousillé ma vie, celle de la femme de ma vie...et celle de mes amis !
La prison n'avait pas seulement bousillé ma vie, mais aussi celle de six autres personnes !!!

C'est comme si c'était moi qui avais tué Nat, c'est comme si c'était moi qui l'avais fait craquer.
Elle avait déjà tenu deux ans, elle avait tout subi sans rien dire, elle s'était battue , elle avait affronté des obstacles insurmontables, mais elle y était arrivée. J'étais sorti, j'étais de nouveau avec elle, comment avais-je pu croire qu'elle me trompait ? C'était inconcevable....
Et moi, j'avais tout gâché, gâché ses espoirs, ses attentes, gâché tout ce qu'elle avait construit !
C'est moi qui l'ai tué, qui l'ai achevé, c'est moi qui l'ai poussé à commettre l'irréparable.
Elle n'en pouvait plus, elle était à bout, et moi je l'ai détruis.
J'ai réagit comme un gamin immature, j'ai été égoïste et n'ai pensé qu'à mes souffrance sans me soucier de ce que pouvait ressentir les autres, mes amis, Nat...
J'ai tué la femme de ma vie, j'ai éteint la flamme qui allumait mon cœur, la flamme qui me faisait vivre, qui me faisait marcher et respirer. Désormais, je n'ai plus d'air, et je ne vis plus.
Les roses sont devenues noires, et le soleil ne m'éclaire plus. Chacun de ses rayons me consume peu à peu.
Je n'éprouve plus de haine , ni de sentiment de vengeance. Juste une immense culpabilité, d'être né pour tout salir. J'ai répandu mon poison dans la vie des mes amis, qui ne seront dorénavant plus les mêmes, et j'ai tué l'amour.


Fort heureusement il m'a été permis à son incinération.
Lorsque il a fallu prononcer un discours, je n'ai pu prononcer que ces quelques phrases :
« Un jour, je me suis demandé
Pourquoi tant d'hommes sur une même planète, habitaient,
Un jour, j'ai essayé
De comprendre le sens de l'humanité,
Je me suis demandé pourquoi on naît,
On vit,
On meurt,
Je me suis demandé pourquoi ,
Pour qui,
Dans quel but je vivais,
Et je n'ai trouvé aucune réponse à toutes ces interrogations,
J'ai observé toutes ces femmes et tous ces hommes vivre en communauté,
Et je n'ai vu se croiser
Que haine, mépris, violence et jalousie.
Ainsi je n'ai pas compris pourquoi,
Par la complexité des choses étaient apparus des êtres doués de capacités intellectuelles extraordinaires, dans le seul but de s'éliminer au fil du temps...

Mais un soir, alors que je marchais seul en direction de nulle part,
Que le vent soufflait sur mon visage,
Que la lune veillait déjà sur les étoiles,
Je t'ai rencontré,
Et par un simple regard,
Tu m'as expliqué que les êtres humains pouvaient aussi s'aimer,
Tu m'as expliqué que deux êtres pouvaient aussi se comprendre,
S'admirer,
Et ne former plus qu'un,
Ce soir là, jamais je ne me serais douté que l'amour pouvait tuer,
Jamais je n'aurais penser qu'en t'aimant,
Je ferais peu à peu disparaître l'éclat de tes yeux,
Peu à peu mourir l'énergie de ton corps,
Peu à peu ralentir les battements de ton cœur,
Et totalement éteindre les flammes
De ton âme.... »

Après, ils l'ont jeté à la mer, c'est ce qu'elle voulait, finir sa vie dans l'eau. C'était sa passion.


Mardi 4 Décembre

Tout a commencé à cause d'une erreur , tout a commencé quand on a désigné un innocent coupable.
Tout a commencé quand cet innocent est allé en prison.
Qui qu'on soit, coupable ou innocent, cette prison est une machine qui nous transforme.
J'étais innocent, je n'avais rien fais, rien commis. J'avais une vie paisible, une famille à qui je tenais, une femme que j'aimais, des amis sur lesquels je pouvais compter, j'avais un boulot stable. Je n'avais rien à envier à personne
Mais sans comprendre pourquoi, on m'a jeté dans ce trou noir sans issu, j'ai failli en finir avec la vie, et finalement, c'est la vie qui en a fini avec moi.
Je suis sorti en me croyant enfin libre mais je ne l'étais plus, je ne le fus plus à partir du moment où mes pas ont foulé le sol de ce bâtiment qui enferme tant de gens.
La liberté dehors est encore pire que dedans.
Je n'ai pas réussi à reprendre une vie normale, j'ai failli devenir fou, j'ai commencé à boire., à faire des conneries . Et j'ai tout bousillé, enfin, j'ai = elle=la prison ...la prison a tout bousillé...
J'étais un homme sans histoires, et elle a fait de moi, un alcoolique, un menteur, un voleur et un meurtrier.
A partir du moment où elle vous ensorcelle, vous ne pouvez plus en sortir, même si vous n'avez rien fait, elle vous transforme en monstre , comme s'il n'y avait pas assez de monstre sur Terre, il faut qu'elle en fabrique d'autres !

Lundi 18 Décembre

Que faire aujourd'hui ? Je suis redevenu un être qui ne réagit plus, un être qui ne sait plus.
Que faire quand on sait, que dans douze ans, c'est à dire dans des millions d'années pour une personne qui est en prison, qu'on sera de nouveau libre, mais que tout recommencera, que c'est un cercle vicieux, qu'on ne peut plus s'en sortir ?
La seule chose que je désire, c'est la rejoindre, peu importe dans quel monde, l'essentiel, c'est d'être avec elle...
Je sais que je n'aurais pas le courage d'en finir, je en suis plus capable de rien, autant physiquement que mentalement. Je n'ai plus aucune raison d'être.
Je reste patient, je sais que bientôt la faucheuse m'emportera, cela fait si longtemps qu'elle me cherche...


Julia BLAIN
2003, modifié en 2005.
Par Eau - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 10 février 2008
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UNIFORMICA(2002)


MARDI 16 AVRIL 2258

17H15 : Tania 456 ,1m65,45kg, blonde (couleur originale : brune), yeux bleus(couleur originale :marrons) venait d'allumer la télévision. Elle allait enfin pouvoir regarder « SNOC » son émission préférée .
Tania 456 était née le 14 février 2238. Elle avait vécu chez ses parents jusqu'à l'âge de 19 ans puis avait quitté le domicile parental comme toutes les Tania, pour aller habiter avec Steven 456 1m85, musclé, blond, yeux marrons, son copain avec qui elle sortait depuis un an.
Tania 456 et Steven 456 habitaient dans l'appartement qui avait jadis appartenu à un «marginal ». Il se nommait C. Teretien et avait subitement disparu un jour en rentrant du CEHALPP (comité des êtres-humains ayant leur propre personnalité). Enfin cela ,c'est ce que les autorités avaient laissé entendre... mais il avait sûrement dû être enlevé par le gouvernement et devait probablement dormir aujourd'hui en paix . En effet, les rares personnes qui continuaient à résister à la politique lancée par le gouvernement étaient éliminées. Et oui ! Ces individus pouvaient contaminer le reste de la population et alors là CATASTROPHE !Imaginez qu'une population toute entière se mette à lire des livres de plus de 40 pages, des livres intéressants, se mettent à écouter du hard- rock ou alors des chanteurs tels que Grassens, Fenaud, Tob Pylan, Ondochin ,Frel, ..., regardent des films d'auteurs, et surtout imaginez qu'une population toute entière cesse d'écouter du R'N'B, et de supers groupes tels que « FUCKME » , « JCM »( « Je Chante de la Merde »), oublie les célèbres chansons « Je t'aime », « Je l'aime », « Aimer », « S 'aimer »... etc, cesse de lire les magazines très instructifs tels que » comment mettre sa culotte dans le bon sens du premier coup » ( en seulement 85 leçons pour seulement 235 897 999 euros) « comment regarder STEVEN dans les yeux sans regarder ses pied s? », cesse d'aller en boîte, cesse d'acheter un jean chaque semaine à 10 000 000 euros) ?!! Emettez la possibilité que ces personnes puissent parler et réfléchir spontanément, puissent débattre ,donner leur avis et se révolter ! Non mais faut pas exagérer ! La planète UNIFORMICA était déjà assez en danger, elle n'avait pas besoin des CEHALPP en plus ! Et cela les dirigeants l'avait bien compris c'est pourquoi ils avaient lancé leur politique « anti- CEHALPP ».

SNOC était l'émission que Tania 456 regardait avant de voir Steven 456 pour savoir ce qu'elle devrait faire quand elle le verrait, lui aussi de son côté regardait l'émission. Tous les citoyens d'UNIFORMICA arrêtaient toutes leurs occupations pour regarder SNOC.

17H16 :TF4 SNOC
Aujourd'hui Jenny et Josh les héros de SNOCS s'étaient disputés, car Jenni n'avait pas remarqué que son petit ami s'était épilé un poil de son sourcil gauche. La dispute fut violente :
« Oh ! Jenny t'as pas remarqué le truc de ouf que j'ai fait ?
-EUHHH ! Atennnnnnds,atennnnds!Que j'prenne un chewing- game pour que je réfléchissse... ben ...je vois pas mon bébé....
-Mais tu sers à rien !!!
-Hein ?
( Josh tira, un peu fort il est vrai, une mèche de cheveux à Jenny,)
- OH !My god!Tu m'as décoiffé!J'ai mis toute la soirée à me faire un brosh !
(elle éclata en sanglots)

17h22 : PUB

18H00 : Suite
Josh se diriga vers Jenny
« oh ! Jenny ! Que tu as de belles lentilles ce soir !
- Oh !Comme tu es mignon !Je les ai acheté à JENNY (forcément puisque ceux sont les seuls magasins qui existent pour les JENNY) »
Il l'embrassa langoureusement.

MUSIQUE

Que se passera t-il demain ?
Josh et Jenny feront-ils l'amour sur la musique de « FUCKME »
Ou sur la musique de « JCM »
Ou sur « S 'aimer » ????

SUITE AU PROCHAIN EPISODE !!!!


17h28 : Steven 456 sonnait à la porte, il revenait d'acheter ses vêtements chez STEVEN.
« Salut mon bébé ! T'as pas remarqué le truc de ouf que j'ai fait ?
-EUHHH ! Atennnnnnds, atennnnds !Que j'prenne un chewing- game (chewing-gum ) pour que je réfléchissse...je vois pas mon bébé....
-Mais tu sers à rien !!!
- Hein ?
Steven 456 tira, un peu fort il est vrai, une mèche de cheveux à Tania 456
- OH !My god!Tu m'as décoiffé!J'ai mis toute la soirée à me faire un brosh !
(elle éclata en sanglots) »
Steven 456 se dirigea vers Tania 456 :
« oh ! Tania 456 Que tu as de belles lentilles ce soir !
- Oh !Comme tu es mignon !Je les ai acheté à TANIA( forcément puisque ceux sont les seuls magasins qui existent pur les TANIA) »
Il l'embrassa langoureusement.

19h20 Tania456 et Steven456 étaient tous les deux assis dans la cuisine. Tania456 mettait la table tandis que Steven456 venait d'allumer la télévision. Ils allaient manger en regardant «Comment dîner en conciliant produits dérivants des OGM et produits entièrement reconstitués et n'ayant aucun goût ? »

20h30 C'était l'heure des occupations culturelles et spirituelles. Tania 456 s'assit sur le canapé à côté de Steven 456. Ses yeux regardaient les yeux de son petit ami. Ils se regardèrent ainsi sans rien dire pendant une heure, tout en écoutant « Je t'aime » de JCM.
Ah ! Qu'elle était belle la vie !

21h30 Tania 456 était allongé sur le lit. Elle entendait Tania 789 qui jouissait. Steven 789 devait lui faire l'amour. Steven 789 1m85, musclé, blond, yeux marrons et Tania789 1m65,45kg, blonde (couleur originale : brune), yeux bleus(couleur originale :marrons) étaient leurs voisins du dessus.
Tania 456 et Steven 456 firent l'amour tendrement avant de s'endormir.

MERCREDI 18 AVRIL 2258

7h00 Radio 102.36
« la la la la la la la.... Bonjour à tous les habitants d'UNIFORMICA .Il est 7h00. DEBOUUUTTTTTTTT ! »

7h03 C'était l'heure de faire du sport.
Steven 456 et Tania 456 sportifs de haut niveau, étaient tous les deux allongés par terre en train de faire des abdos.

7h16 Tania456 et Steven456 petit déjeunaient en regardant l'émission « Comment petit déjeuner ? »

8h00 Tania 456 prenait le bus à l'arrêt TANIA (Tania 400 à Tania 460)

8h15 Les Tanias arrivaient à « INFORMATIA ». « INFORMATIA » était une sorte d'école où les lés élèves apprenaient à lire les informations utiles, à se servir des appareils quotidiens (télévision, machine à nettoyer la table, machine à éplucher les oranges, machine à coiffer, machine à choisir les vêtements où trouver le bouton ON, où trouver le bouton OFF),apprenaient leur futur métier (tous les habitants avaient en effet tous le même métier (exceptés les dirigeants)mannequins pour figurer sur les affiches de pub, et oui c'était tout un art qu'il fallait apprendre. Il n'existait pas d'autres métiers car les humains avaient été remplacé par les machines. Mais cela était très bénéfique. En effet sans relations humaines les êtres humains étaient devenus très intelligents et passaient des journées très passionnantes (la preuve : la vie de Tania 456)

8h35 Début des cours
« Aujourd'hui, cours de lecture. Nous allons étudier une œuvre dont le titre est très original » le Journal de TANIA 8999 » écrit par la très célèbre auteur TANIA 8999 »
« ohhh ! C'est génial !J'adore TANIA 8999, elle écrit super bien » s'exclama Tania456. Naturellement elle ne savait pas qui était TANIA8999 mais leur professeur venait de leur expliquer qu'elle était exceptionnelle, elle l'était donc forcément.
Les livres étudiés sur INFORMATIA étaient des livres très complexes. C'était des livres de 140 pages. Sur la couverture de devant était inscrit le titre du livre, à l'intérieur les pages étaient blanches (parfois jaunes) sans aucunes inscriptions. Où était alors l'histoire ?Sur la couverture de derrière... Quelle question stupide ! En fait, c'était un résumé : mais à quoi bon avoir une histoire à l'intérieur si on peut lire le résumé à l'extérieur ? C'est beaucoup plus instructif de lire le résumé !Et oui il fallait y penser, mais dans une société où l'on cherchait à tout effectuer rapidement et à retenir seulement l'essentiel , cela était évident !


12h00 Tania faisait les 100 pas devant INFORMATIA. Que devait elle faire maintenant ? Elle ne s'en souvenait plus. Heureusement qu'elle n'avait pas oublié son programme, du moins lui semblait-elle...elle fouilla dans son sac... rouge à lèvre, miroir, tampons...non ce n'était pas dans cette poche... « comment prendre le bus au bon arrêt »... non ce n'était pas ça.. Ah ! Voilà « Programme du 17.04.2258 pour les TANIA »...12h15 ...manger à RAC DO. Ahhhh ! Oui elle devait aller manger à RAC DO...

14h00 « Eh! Tania 456, tu sais pas c'est où L'Afghanistan ?
-C'est quoi un nouveau magasin ? »
Tania 456 se rendaient à TANIA avec Tania 753 1m65,45kg, blonde (couleur originale : brune), yeux bleus(couleur originale :marrons) et Tania 159 1m65,45kg, blonde (couleur originale : brune), yeux bleus(couleur originale :marrons) . Elles devaient acheter les vêtements qu'elles porteraient la semaine prochaine. Quelle était donc la mode pour la semaine prochaine ? C'est ce qu'elles allaient savoir dans quelques instants. Il ne leur restait plus que quelques minutes à patienter.
« OHHH ! C'est magnifique !C'est trop beauuuuu ! Vite allons essayer ! »
Magnifique en effet : haut court rose clair avec comme inscription le nombre 153( d'une beauté exceptionnelle ) en rose fluo, pantalon en tissu moulant blanc transparent, avec à enfiler par dessus un string rouge vif avec une plume rouge, chaussures aux bouts en forme de losanges et à talons de 26.cm.

16h50 Tania arrive chez elle et...

Désolée je suis obligée d'arrêter , la TV est en panne....


Julia BLAIN
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Dimanche 10 février 2008
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DERNIERE HEURE (2003)


Depuis près d'une heure j'entends ces terribles bruits. Je suis roulé en boule dans mon lit. Mes jambes tremblent. Des gouttes de sueur dégoulinent le long de mon visage. J'essaie de fermer les yeux , de me rendormir mais je n'y parviens pas....Quelle heure peut-il bien être ?
Ma main tremblante, cherche en vain à allumer la lumière....Mes yeux se rivent sur le réveil posé sur un carton qui me sert de table de nuit : il n'est que cinq heures...

« PAMMMMMMMMMMMMMM !AHHHHHHHHHHH !AHHHHH ! »
-plus rien-


Faites que je me réveille ! Faites que ce soit un cauchemar...
Ca tire et crie dans tous les sens, c'est insupportable !Quelqu'un ouvre la porte brusquement, et me cherche d'un air effaré, comme si j'avais pu disparaître.
Je me pince le poignet : une fois...deux fois...trois fois...Je ne me réveille pas... NON ! je ne me réveille pas !Cette scène est bien réelle, ce n'est pas un film, ni un livre, c'est ma vie. C'est le monde dans lequel je vis.
« Tu ne dors plus ? Ca va ? »
Question stupide (comment pourrais-je aller bien après ce qui vient de se passer ?) mais qui se veut rassurante.
« Maman... qu'est-ce qui se passe ? »
Naturellement je sais très bien ce qui se passe, mais au fond de moi, j'espère qu'elle me dira le contraire, qu'elle me dira : « c'est rien ,c'est des feux d'artifices... » ou « c'est les voisins qui se disputent »...Pures illusions évidemment !
« C'est l'armée américaine, le soldats ont... » .Elle a les larmes aux yeux, je sais qu'elle se retient , qu'elle ne veut pas pleurer devant moi.
« Y z'ont commencé » . « A la radio, y disent qu'ils veulent pas toucher les civils »
-SILENCE-
«... mais y a Salima qui vient de téléphoner, y a la maison de ses voisins... enfin, euh...ils l'ont touché... »
Je sens la rage qui monte en moi. Ils ont encore eu le dernier mot !
« Viens faut pas rester là.. C'est dangereux .... !
-Mais maman j'ai encore sommeil !
-Ne fait pas l'idiot ! Et dit toi que t'as de la chance d'avoir sommeil... parce que si on se cache pas dans les quelques heures qui suivent, tu pourrais bien ne plus jamais connaître le sommeil !Allez habille toi !Réveille ton frère, je vais habiller ta sœur... »
Comme j'aimerai avoir l'âge de Samia, elle n'a pas conscience de ce qui se passe. Elle ne sait pas ce qu'elle va vivre... J'aimerais tant avoir son insouciance et son innocence... et continuer de rêver ...

Bon sang !Où ai-je encore foutu mon jean !Il est sûrement sur ma chaise...non. Pas dans le placard non plus !Ah ! Le voilà !
J'ai beau essayer de me persuader que tout va bien se passer, je n'y parviens pas. J'ai toujours cette angoisse en moi, j'ai comme un nœud dans l'estomac, j'ai peur... terriblement peur !
Je regarde une dernière fois notre chambre :mon cartable posé par terre à côté de mon lit... Les posters de mon héros préféré...Mon regard s'arrête sur la photo de Karim.(Karim, c'est mon meilleur pote...) c'était chez mes grands parents. Il était parti avec moi chez eux. On avait bien rit l'été dernier. Oui, c'était l'été, l'été dernier...et aujourd'hui on est en Mars, tout ça c'est du passé.
Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Karim!!!
Ma main est sur la poignée , je m'apprête à fermer la porte...j'ai du mal à le faire.. ;j'ai du mal à quitter tous les bons souvenirs qui sont enfermés dans cette chambre. Je me rappelle du jour où on est arrivé ici, j'avais sept ans... oui, mais c'est pas le moment de se rappeler, et puis j'en vivrai d'autres, des bons moments dans cette pièce !
Je ferme la porte et je m'en vais.
Je passe par la salle de bain, me regarde vite dans la glace, J'ai vraiment une salle tête!Allez ,un petit détour par la cuisine, je jette un œil furtif par la fenêtre.... Tous les volets sont fermés(comme tous les jours à cette heure-ci....) Quelques soldats marchent dans la rue...
On se croirait dans un film, sauf que cela n'en n'est pas un....

Je rejoins mes parents et mes frères et sœurs dans la salle à manger.
« Tout le monde est là ?.allez, on y v... »
Pas le temps de finir sa phrase. Un énorme bruit se fait retentir, il se rapproche de plus en plus...Oh ! NON ! Je vais devenir sourd...
Maman se bouche les oreilles, je fais de même....Je vois des larmes qui coulent le long de sa joue, j'ai de plus en plus peur , je sens que ma tête va exploser, je transpire , je dégouline. Samia se met à pleurer et à hurler.
J'observe Papa dans le coin, il ne sait plus quoi faire. Il sait qu'il ne faudrait pas rester là, mais il sait aussi que c'est trop tard, que quoi qu'on fasse, l'inévitable se produira. Non ! ce n'est pas une....Non ! faites que ce soit mon imagination !
Je respire de plus en plus mal, mes mains sur mes oreilles tremblent, non ! Pas MAINTENANT !SPLATCHHHHHHHHH ! C'est indescriptible !
NON ! NON ! Une bombe vient de toucher l'appartement du dessus, les voisins dormaient, ils n'ont rien du sentir. Mais la bombe n'a pas terminé sa mission, le plafond du dessus s'écroule, je vois les briques qui s'effondrent, qui arrivent sur moi.... Je veux partir, courir, m'échapper, mais mon corps ne réagit pas ,et je reste impuissant....
Puis tout se passe au ralenti....Je vois un énorme bloc qui arrive sur moi, les secondes paraissent interminables...
- moins 7 secondes :toute ma vie repasse dans ma tête, ma première rentrée des classes, Yamina, premier bisou sur la bouche, rencontre de Karim, naissance de Nasser, naissance de Samia, 60ans de mamie, mort de Papi Mohamed, disputes avec Papa...oh ! Non !je vais mourir sans m'être excusé...non ! non ! On s'était disputé pour rien en plus... NON !NON !
- moins 5 secondes ...le bloc est à deux mètres au dessus de ma tête...
- moins 4 secondes...1.5m
- moins 3 secondes...un énorme choc dont j'ignore la provenance me projette en arrière. Le choc est brutal mais dans ma tête tout se passe lentement, mes genoux se plient, je perds l'équilibre, mes bras étendus tournent comme pour essayer de se retenir à quelque chose .Un cri strident sort de ma bouche...
- moins 2 secondes....je tourne la tête, les autres sont debouts. Maman ne pleure plus...
- moins 1 seconde...je n'entends plus rien, ne vois plus rien. J'ai terriblement mal...mal comme si....si...je ne peux pas le décrire....aucun mot humain ne peut décrire cette douleur....
Tout est noir...
Je suis mort.




Non ...je ne suis pas mort.
Après cet énorme choc, je ne sais pas ce qu'il s'est passé ,je ne m'en souviens pas.
Ca fait une semaine que je suis à l'hôpital de Bagdad
Je suis resté deux jours dans le coma.
Je suis tétraplégique, paralysé quoi....
Maman et Nasser sont morts sur le coup.
Papa est mort à l'hôpital...
Samia, ils ont pu la sauver....
Elle a subi de nombreuses opérations. Son visage est défiguré, et comme on n'a pas les moyen de lui refaire le visage ( c'est de la chirurgie esthétique je crois, )je ne sais pas ce qu'il va se passer.
A côté de moi, mon voisin de chambre est en fauteuil roulant. Moi c'est impossible.Trop faible, qu'ils ont dit...
Samia grandira sans les connaître...Elle ne connaîtra pas maman. Maman et ses recettes. Maman et ses succulentes tartes ...
Elle ne connaîtra pas Papa, papa passionné d'animaux...
Elle ne connaîtra pas Nasser...
Et moi je ne les verrai pas vieillir....

C'est étrange mais je ne ressens rien, je ne réagis pas...Depuis que je me suis réveillé, je n'ai même pas pleuré, je n'ai parlé à personne. Je ne réalise pas ce qui se passe, je ne réalise pas ce qui m'arrive, je reste passif devant ce qui se passe. Je ne réalise même pas que ma vie est FOUTUE... FINIE....
Mais je dois rester...rester pour Samia !

Une infirmière rentre.....
Je fixe ses jambes, ses jambes qui avancent l'une devant l'autre.Elle marche tout doucement....
Je déteste cette infirmière, je la hais !!!Je la hais parcequ'elle marche. Parcequ'elle fait ce que je ne ferai jamais plus !!!
Je ferme les yeux pour oublier. Des milliers d'images assaillissent mon cerveau...
Je vois un immense bloc qui arrive sur moi....
J'ouvre les yeux puis les referme...
Un bloc....
Le cauchemar ne cessera donc jamais.
Je pers connaissance.

Julia BLAIN
Par Eau - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Les écorchés vifs
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